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Dim.29 mars 201529/03/2015 Dernière édition

Rudy Ricciotti, un architecte «contre la pornographie du global»

|  Par Joseph Confavreux

L’architecte Rudy Ricciotti est en charge du Mucem, le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, dans le cadre de Marseille capitale européenne de la culture 2013, inauguré ce mardi par François Hollande. Ce détracteur des canons de l’architecture mondialisée, comme des relents identitaires des cultures régionales, livre un bâtiment en forme de manifeste pour une architecture politique. Explications.

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L’architecte Rudy Ricciotti est en charge du Mucem, le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée. Il a récemment construit le « Pavillon noir », centre chorégraphique national d’Aix-en-Provence, le musée Cocteau à Menton. Il a restructuré le nouveau département des Arts de l’Islam, au Louvre. Le Mucem sera inauguré ce mardi 4 juin par François Hollande. Il avait déjà été brièvement ouvert au public, à l’occasion du week-end de lancement de l’opération Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture.

Ce détracteur virulent des canons de l’architecture mondialisée, comme des relents identitaires des cultures régionales, livre un bâtiment en forme de manifeste pour une architecture politique. Entretien.

© © Lisa Ricciotti

Comment le Mucem s’inscrit-il dans Marseille ?

Situé sur un terrain jusqu’alors interdit constitué du môle J4 et du fort Saint-Jean, il libère un nouveau territoire proposé aux Marseillais. Depuis le quartier populaire du Panier, un parcours gratuit via le fort Saint-Jean et le Mucem permettra d’aboutir à l’espace public du J4. Ainsi naîtra une nouvelle porosité sociale à ce vaste territoire. Les transparences visibles depuis les passerelles périphériques (gratuites d’accès) vers les activités muséales seront les mains tendues de la culture vers la jeunesse marseillaise. Là est aussi l’objectif politique d’un musée national. Il faudra que les gestionnaires du musée évitent d'en faire une “boîte noire” afin de ne pas se couper des regards vers la cité et la rade portuaire.

En quoi l’architecture est-elle un projet politique ?

La difficulté d’être de l’architecture se heurte à la pornographie du global. Mais depuis quelque temps, il convient de redevenir optimiste : les citoyens ont pris la mesure de notre décadence et de la prédation bureaucratique. Les jeunes sont très avertis. Je m’en réjouis. Les défis de l’architecture d’aujourd’hui concernent la densité, seule solution si l’on veut laisser du terrain non imperméabilisé à nos enfants. Le défi de l’architecture de demain est de continuer à être un récit compris par chacun et porteur d’un projet de société. Or le premier combat à mener est de se débarrasser des scories d’une néo-modernité tardive et asexuée. Au-delà du style c’est l’attitude qui importe.

Je suis un architecte inquiet qui essaye de produire du sens, de considérer le contexte, et de ce point de vue qui considère la narration et le récit comme les nourritures utiles. L'architecture doit fabriquer du sens, certes, mais aussi être fabrique de cohésion sociale. Aujourd'hui, notre société subit une perte de ce récit et de cohésion sociale. L’architecture doit servir à célébrer des moments de vie pour contrer ce manque et réactiver le désir de vivre ensemble. Mon travail célèbre le contexte mais je ne suis pas le seul.

Vous avez dit que vous étiez un architecte « maniériste, réactionnaire, petit-bourgeois et tapette ». Vous pouvez développer ?

Oui, il y a de l’ironie et surtout une critique des formes consuméristes et autoritaires. On a l’impression parfois que certaines réalisations sont faites pour effrayer comme un acte de terreur. J’ai utilisé ces qualifiants par provocation comme pour défendre l’idée que nous devrions plutôt être dans des propositions d’accompagnement et non de rupture.

© Lisa Ricciotti© Lisa Ricciotti

Vous avez aussi affirmé qu’il n’était ni nécessaire d’être très intelligent, ni très courageux, pour faire le métier d’architecte : que faut-il ?

Il faut aussi du cœur !

La sidération de nombreux intellectuels et hommes politiques après les révolutions tunisienne et égyptienne a montré l’incompréhension française vis-à-vis du monde arabe : est-ce que le Mucem peut changer quelque chose à cela et comment ?

Ce sera sa vocation. Le Mucem a rendez-vous avec les horizons culturels et politiques de la Méditerranée. Là est son destin. Au ministère de la culture propriétaire des lieux de remplir cette mission. La mienne s’achève à la responsabilité architecturale.

Comment faire un musée des civilisations d’Europe et de Méditerranée dans une ville qui a été aussi une capitale de l’empire colonial et dont les bâtiments gardent encore la trace ?

Justement, je crois que le Mucem n’est pas d’expression impérialiste ou hégémonique à l’égard de son territoire. C’est plutôt un ouvrage marqué de porosité sociale et de partage des regards.

Ça veut dire quoi un « projet méditerranéen » ?

Algérois de naissance, camarguais jusqu’à l’adolescence et marseillais pour les études…, je vous le dis très net, être méditerranéen n’est pas un extrait de naissance mais définitivement un voyage mental. Les Munichois, bien allumés, sont plus méditerranéens que les Grenoblois. Les Lillois, très chaleureux, sont plus méditerranéens que les très BCBG aixois, etc. Vous l’avez compris, être méditerranéen, c’est participer à un récit de voyages.

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