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Mediapart
Sam.19 avril 201419/04/2014 Édition du matin

Paul Auster: «Je suis mon propre rat de laboratoire»

|  Par Christine Marcandier

Paul Auster livre, avec sa Chronique d'hiver, « un catalogue de données sensorielles », moins un nouvel essai autobiographique, qu'une analyse fragmentaire de son rapport au corps. Mais il s'agit aussi, pour l'écrivain, d'une forme d'urgence : « Parle tout de suite avant qu'il ne soit trop tard, et puis espère pouvoir continuer à parler jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à dire. » Entretien avec l'auteur et extrait en pdf.

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Comme l'écrit Edna O'Brien – phrase que Philip Roth cite en exergue de La Bête qui meurt (2003) –, « l'histoire d'une vie s'inscrit dans le corps tout autant que dans le cerveau » : là est le sujet même de Chronique d'hiver selon Paul Auster, le récit du rapport qu'entretient un homme avec son corps, de la douleur au plaisir, des cicatrices au sexe. « C'est là, dans ton corps, que toute l'histoire commence, et c'est là aussi, dans ton corps, que tout se terminera. »

Chronique d'hiver, publié en 2012 aux États-Unis, récemment traduit chez Actes Sud, est le quatrième volume autobiographique de Paul Auster, après L'Invention de la solitude (1982), Le Carnet rouge (1993) et Le Diable par la queue (1996). Et l'écrivain annonce avoir fini récemment un cinquième opus, Report From The Interior – Compte-rendu de l'intérieur – qui fonctionnera en diptyque avec Chronique d'hiver, cette fois centré sur le cerveau et non plus le corps, l'éveil de la conscience au monde.

Cinq volumes autobiographiques vont donc doubler l’œuvre de fiction, dans une forme totalement autre, fragmentaire, sans linéarité ou chronologie. Cinq, ce qui est beaucoup pour quelqu’un qui se dit peu intéressé par lui-même et ne se prendre comme sujet qu’en tant que « rat de laboratoire ». Il n'userait du « tu » dans cette Chronique d’hiver que pour se dissocier de sa première personne et être dans une adresse directe au lecteur. Le seul « I » du livre correspond à l’adresse de son studio, aucun rapport avec un « je » – à l’image du « A » de L’Invention de la solitude. Ne pas dire « je » pour mieux parler de soi à soi.

Car c’est bien de Paul Auster qu'il est question dans ce journal d’hiver, variation musicale à la Schubert sur des expériences physiques, des sensations : la découverte de la sexualité, les coups reçus et donnés, bras cassés, bosses et bleus, le plaisir et la douleur, le deuil impossible de la mère qui se traduit par ce qu’il nomme sa « fausse crise cardiaque », ses vertiges insondables, ses déchirures de la cornée.

Dire le corps pour se dire, parce que votre corps n'a de cesse de vous trahir : Auster « esclave consentant d’Eros », adolescent qui ne parvient à assouvir sa soif sexuelle qu’en « battant le record nord-américain de masturbation », Auster et sa mère, Auster et sa femme (l’écrivain Siri Hustvedt), Auster, 64 ans au moment de la rédaction de cette Chronique d'hiver, qui veut « parler tout de suite avant qu’il ne soit pas trop tard » – « il ne reste plus beaucoup de temps finalement ».

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L'entretien avec Paul Auster a eu lieu le 6 mars 2013, à Paris. Pour activer les sous-titres dans les vidéos, cliquez sur l'icône “CC subtitles”.