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Lun.20 octobre 201420/10/2014 Édition du matin

Italie: Grillo, l'empêcheur de voter en rond

|  Par La rédaction de Mediapart

Ses meetings en plein air attirent des foules immenses. Son programme fait mouche. Les derniers sondages le placent en troisième position. L'humoriste Beppe Grillo, porte-voix du Mouvement 5 étoiles, pourrait bouleverser l'Italie lors des élections générales des 24 et 25 février. Un reportage de Thomas Chabolle.

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Lombardie, de notre envoyé spécial Thomas Chabolle

« Mais c’est merveilleux, je n’aurais jamais cru qu’il y aurait autant de monde à Sondrio ! » Comme chaque soir depuis le début du « Tsunami Tour », la place est noire de monde. Beppe Grillo, emmitouflé dans son pardessus, bondit sur l’estrade installée aux pieds de la statue de Garibaldi. Tandis que le soleil disparaît derrière les montagnes, un vent glacial se lève et balaye la place de cette commune de 22 000 habitants, en Lombardie, à une centaine de kilomètres au nord de Milan.

L’humoriste est accueilli sous les applaudissements, acclamé comme le messie : « Merci Beppe », « Bravo Beppe », « Beppe, sauve-nous ! ». Les habitants de Sondrio n’ont vu aucun autre leader politique national au cours de la campagne prendre la peine de venir jusque-là. Ils les ont vus monopoliser les studios télévisés, transpirer sous les projecteurs mais déserter le terrain.

Ci-dessous, des images du début de son meeting à Sondrio :

 

Pour la première fois dans l’histoire récente, l’Italie vote en février, en plein hiver. Quand les autres partis, trop frileux, choisissent d’organiser leurs meetings dans des salles chauffées, aux places limitées, Beppe Grillo lui refuse de s’enfermer. Il fait froid ? Qu’à cela ne tienne, à peine monté sur scène, il enflamme tout et fait fondre la glace entre la politique et le citoyen.

Depuis des années, l’humoriste secoue le cocotier de la vieille politique italienne. Critiqué, vilipendé, dénoncé tant par la droite que par la gauche, considéré comme un dangereux populiste, celui qui a fondé le Mouvement 5 étoiles parcourt l’Italie depuis plus d’un mois à bord de son camping-car « prêté par des amis », bravant le froid piquant, la pluie, parfois la neige, les avalanches de critiques et l’indifférence des médias. À chaque étape de son « Tsunami tour », les places sont pourtant toujours plus noires de monde. À Turin, 70 000 personnes ont assisté à son show place Royale, à Milan, ils étaient près de 100 000 ! Dario Fo, l'écrivain et dramaturge d'ordinaire soutien de la gauche classique, est cette fois monté sur scène pour clamer son soutien.

Et voilà Grillo qui brouille une fois de plus le jeu électoral. Crédité de 16 à 18 % des intentions de vote dans les tout derniers sondages publiés le 9 février, son Mouvement 5 étoiles s’installe à la troisième place ! Le résultat des élections des 24 et 25 février sera-t-il identique ? Si oui, le bouleversement serait immense.

« Je ne sais pas comment ça va finir, mais je vois déjà que vous avez un regard différent. Tout cela se transforme en quelque chose à quoi je ne croyais pas », confie-t-il en hurlant à la foule présente devant lui et à tout le « Popolo della rete » – peuple d’internet – qui suit le meeting en direct sur internet. Car son blog (à consulter ici) est devenu l'un des plus visités. « Partout où je vais les gens demandent des solutions à des problèmes que les politiques ont créés eux-mêmes », lance Beppe Grillo en gesticulant dans tous les sens, l’air toujours aussi scandalisé.

Beppe Grillo, en gladiateur du peuple.Beppe Grillo, en gladiateur du peuple. © (dr)

Sur la place, Giorgio Libera, 63 ans, ne perd pas un mot du discours de celui qu'une bonne partie de la presse décrit comme « un petit homme excité », « un grassouillet », « un personnage détestable », « un populiste », « un danger ». Giorgio ne laisse transparaître aucune émotion particulière, mais il explique qu’il trouve que « le discours de Beppe Grillo est crédible ». « On en a tous marre, dit-il. Les candidats racontent tous n’importe quoi. Ils veulent juste être élus pour prendre un fauteuil au Parlement, mais ils ne font rien pour le peuple. » Avant Giorgio votait pour le Parti démocrate (PD), au centre gauche. Il ne veut plus en entendre parler.

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Thomas Chabolle est un journaliste basé à Rome. Il collabore régulièrement à Mediapart.