Le 26 juin 2000, Bill Clinton annonçait sur le perron de la Maison Blanche l'achèvement du séquençage du génome humain par un consortium international de laboratoires. La succession des quelque trois milliards de lettres chimiques –les nucléotides– constituant l'ADN de nos chromosomes était décrite. Ne restait plus qu'à en comprendre le sens. Après le temps du séquençage, venait celui du décryptage. La tâche serait longue, assuraient les biologistes, mais le plus dur était fait. Car l'ADN, c'était le grand livre de la vie. Le code-barres de chaque individu. Son programme spécifiant tout ce qui lui adviendrait.
Grâce à sa connaissance, on allait pouvoir comprendre la manière dont un individu se développe à partir d'une cellule œuf et acquiert progressivement les caractères qui le rendent unique. Ce qui nous distingue des grands singes comme ce qui singularise chaque être humain des six milliards d'autres. Ce qui demeure en nous, intangible, alors que nos cellules et les molécules qui les constituent ne cessent de se renouveler. Bref, comprendre tout ce qui constitue, sur le plan biologique, notre identité.
Cette ambition fut excessive. Et même infondée. «Beaucoup espéraient trouver des gènes spécifiques de l'être humain, expliquant la singularité de notre espèce. Cet espoir s'est avéré une illusion», souligne Michel Morange, professeur de biologie à l'université Paris 6.
Les vicissitudes des recherches sur le clonage, application pratique de l'idée selon laquelle l'ADN contient tout ce qui fait l'identité d'un individu, l'illustrent bien. On se souvient du tintamarre médiatique qui avait accueilli, en janvier 1997, l'annonce de la naissance de la fameuse brebis Dolly. Pour l'obtenir, les chercheurs du Roslin Institute en Ecosse avaient prélevé l'ADN d'une brebis adulte nommée Belinda. Ils l'avaient introduit dans une cellule œuf dont les chromosomes avaient été préalablement détruits. L'embryon avait ensuite été implanté dans l'utérus d'une brebis porteuse, comme lors d'une fécondation in vitro. Et Dolly était née, étonnamment semblable à Belinda. Si l'on pouvait ainsi comme photocopier un être vivant, n'était-ce pas la meilleure preuve que l'ADN contenait tout ce qui fait l'identité d'un individu?
Las. En 2003, Dolly, atteinte de vieillissement précoce et souffrant d'une infection virale pulmonaire, a été euthanasiée dans une discrétion contrastant avec les roulements de tambours qui avaient salué sa naissance.

