Trafic de drogue en Guyane

Cayenne-Paris, la longue file des «mules à cocaïne»

Par Marion Briswalter et Michaël Hajdenberg

Scrollez...

Les profils sont connus, la pratique tragiquement banalisée. « C’est une hécatombe », soupire un membre du ministère de la justice en poste en Guyane. Depuis 2015, le nombre de « mules » qui transportent de la cocaïne depuis cette collectivité française d’Amazonie vers la métropole a explosé. Les autorités estiment qu’une dizaine de mules montent à bord de chaque vol Cayenne-Paris, pour gagner quelque 3 000 euros par voyage. « Un phénomène extrêmement préoccupant », selon Éric Vaillant, le procureur de la République à Cayenne, un phénomène que les autorités ont toutes les peines du monde à endiguer.

Voilà vingt ans que cela dure : les mafieux recourent aux mules pour transporter in corpore, dans leurs bagages ou sous-vêtements, dans les couches d’un bébé ou autres endroits insolites, des centaines de grammes, voire des kilos de poudre blanche entre la Guyane française, les Pays-Bas et Paris.

Mais depuis trois ans, le rythme s’est emballé. « Tous les jeunes dans l’Ouest guyanais se disent : soit je perce dans l’illégal, soit je perce dans le légal, mais je ne vais pas rester comme ça », raconte Ludovick, un lycéen de 18 ans de Saint-Laurent-du-Maroni. Pour suppléer au service public défaillant et à des perspectives économiques ténues, certains lycéens seraient sur le fil : « C’est soit l’armée, soit la mule », commente, sombre, un professionnel du secteur social, sous couvert d’anonymat.

Parmi les 3 000 à 4 000 mules qui risquent ainsi leur avenir chaque année, le profil des adultes incarcérés est souvent le même. Il s’agit de personnes endettées, qui sont prêtes à faire entrer dans leur corps environ un kilo de cocaïne en échange de quelque 3 000 euros (masse et montant varient). On compte ainsi nombre de jeunes mères de famille nombreuse, qui ne savent plus comment s’en sortir. « À la prison pour femmes de Rémire-Montjoly, 95 % des prisonnières sont des mules », rapporte le procureur Éric Vaillant.

Phénomène plus récent, selon le procureur, « les mules commencent à être recrutées dans la population amérindienne. Une population en grosse difficulté sociale ».

Selon Hélène Commerly, directrice du pôle Ouest de l’association Akatij (An nou konbat ansanm tout inégalité di jodla – Combattons ensemble les inégalités), « c’est un sujet brûlant, qui est au centre des discussions et des préoccupations parce qu’il touche beaucoup les mineurs, les jeunes majeurs et les mamans. Toutes proportions gardées, on pourrait comparer l’angoisse à ce qui se passe en métropole avec la radicalisation : en Guyane, les familles ont peur que leurs enfants ne partent faire la mule ».

Nous avons interrogé des magistrats à Cayenne, Bobigny (ressort de l’aéroport de Roissy) et Créteil (aéroport d’Orly), ainsi que les services de l’OCRTIS (Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants). Tous confirment l’explosion. À Cayenne par exemple, 183 mules ont été arrêtées en 2014, 335 en 2015, 371 en 2016. Mais nul n’ignore qu’une immense majorité passe entre les mailles du filet, faute de moyens douaniers et policiers. Sans compter un biais statistique : des fonctionnaires, des entrepreneurs, des catégories sociales supérieures transportent aussi de la cocaïne, mais répondent moins aux stéréotypes, et sont donc peu sujets aux fouilles à l’aéroport.

Un « protocole “boulettes” » à l'hôpital de Cayenne

Sarah Massoud, déléguée locale du Val-de-Marne du Syndicat de la magistrature, explique : « Sur certains vols, parmi les 300 passagers, on sait qu’on va avoir 50 mules. Il y a des vols où 20 % des voyageurs sont des mules. Les douaniers vont alors à la pêche. Mais ils s’arrêtent quand ils savent que le CUSCO [une salle médico-judiciaire placée sous surveillance policière – ndlr] est plein. On arrête quand on ne peut pas faire plus de gardes à vue médicalisées. »

Ce type de garde à vue est le lot de toutes les personnes arrêtées avec des stupéfiants dans leurs entrailles, en métropole comme en Guyane. « On doit être le seul hôpital de France à avoir un protocole “boulettes” » officiel, sourit doucement un cadre de santé du centre hospitalier de Cayenne. « Ils sont amenés ici pour confirmer ou infirmer la présence de corps étrangers in corpore, explique le chef du service de médecine légale, le docteur Karim Hamiche. On fait une radio, mais parfois on ne voit pas bien et on doit faire des scanners pour être sûrs. »

Aux « bouletteux », on administre des laxatifs pour contrecarrer les constipants distribués près de 24 heures auparavant par les dealers. L’hospitalisation peut durer jusqu’à 48 heures pour les transits les plus récalcitrants et les viscères les plus chargés. « Ils sont très stressés quand on les reçoit, poursuit le docteur Karim Hamiche. Ils n’ont pas dormi de la nuit, apeurés de se faire arrêter. Leur tension est au plafond et la fréquence cardiaque élevée. »

À l’étage du dessus, voilà plus de 14 heures qu’un jeune homme de 22 ans est allongé sur l’un des quatre lits de la chambre carcérale, sous surveillance de deux officiers de police nationale. Il encourt dix ans de prison pour avoir tenté la traversée. Il ne se lève que pour aller aux toilettes situées à l’extérieur de la pièce. Dans cette unité exiguë, que le bleu des murs n’arrive pas à égayer, il a expulsé 24 bouchons, chacun de la taille de deux phalanges. La radiographie réalisée la veille révèle un intestin farci de ces pesants paquets, « entre 70 et 80 » jauge le docteur Dominique Louvel, chef de service qui co-encadre l’hospitalisation.

On a des étudiants, des mères, des jeunes paumés...

« Nous regardons l’état des boulettes éjectées, car si elles se défont, il y a un risque qu’elles se défassent dans le corps. Donc, parfois, on pratique une fibroscopie pour aller les chercher avec ou sans anesthésie, explique le docteur Louvel. Quand ça a commencé il y a près de 20 ans, on avait les bad boys des cités. C’étaient des têtes brûlées, ils avaient des balafres, des cicatrices partout. Ils refusaient de boire [le laxatif] pendant trois à quatre jours ! Maintenant, c’est tous publics. On a des étudiants, des mères, des jeunes paumés… »

Des boulettes de drogue ingérées par une mule.

Avant, les « bouletteux » devaient filtrer et nettoyer eux-mêmes, à l’aide d’une « passoire » de cuisine, les ovules qu’ils expulsaient. Désormais, la cuvette est munie d’un tambour de type machine à laver et permet de récupérer la cargaison nette.

De sources concordantes, le trafic des passeurs en Guyane répondrait schématiquement à deux modes opératoires distincts. D’une part, une organisation transcontinentale tenue par des cartels du Suriname, narco-État, frontalier de la Guyane, dirigé depuis 2010 par Desi Bouterse, condamné par contumace en juin 2000 aux Pays-Bas à onze ans de prison pour trafic de cocaïne et dont le fils, Dino, a été condamné à deux reprises pour « trafic d’armes et de cocaïne ».

D’autre part, des systèmes toujours pyramidaux mais intraquartiers et intrafamiliaux, indépendants les uns des autres. Ces arrangements ont fait irruption ces dernières années à Saint-Laurent-du-Maroni* La commune est dirigée depuis 1983 par Léon Bertrand, ancien ministre chiraquien, plusieurs fois condamné par la justice pour « corruption passive » et « favoritisme » dans une affaire de marchés frauduleux et pour « complicité d’abus de biens sociaux » dans une histoire de parachute doré., bourgade de 50 000 habitants, où 70 % de la population n’a pas 30 ans et où près d’une personne sur deux ne déclare aucune activité rémunérée.

Une rue de Saint-Laurent-du-Maroni, deuxième commune la plus peuplée de Guyane après Cayenne.

Il n’y a pas ce sentiment de faire quelque chose d’extrêmement dangereux, mafieux.

« Dans des quartiers de Saint-Laurent, il y a toute une économie informelle. On achète des vêtements, des sacs de riz, de l’essence qui viennent du Suriname et que l’on revend. La cocaïne s’inscrit quasiment dans cette même stratégie d’économie parallèle. Il n’y a pas ce sentiment de faire quelque chose d’extrêmement dangereux, mafieux. C’est très banalisé. Les gens pensent que c’est comme ça partout », détaille Hélène Commerly.

À l’OCRTIS, on évoque aussi ces familles de dix à treize enfants, auxquelles une promesse de gagner quelques milliers d’euros tourne vite la tête, « avec l’espoir d’améliorer l’habitat, de construire une maison en dur ».

Il arrive aussi qu’une mère « se retrouve aux abois et se dise : “Il faut que je trouve 3 000 euros parce que j’ai le couteau sous la gorge. Donc j’y vais” », ajoute Mme Commerly, en précisant que parfois, par solidarité familiale, c’est « un de ses fils qui va y aller ». La même « solidarité » de quartier ou familiale a également engendré l’apparition d’« assureurs » qui remboursent les trafiquants lorsque la mule s’est fait arrêter et que sa cargaison a été confisquée. Ces dédommagements évitent l’apparition de dettes qui pourraient être préjudiciables pour le groupe dans son entier, et qui dégénèrent parfois en un rançonnage opéré par les commanditaires, comme le confient des riverains saint-laurentais.

À l’image de la vente en porte-à-porte de boîtes alimentaires plastifiées ou de fards à paupière, chaque intermédiaire y trouve son compte. « Il y a de l’argent à se faire quand on a un réseau, mais les mules ne gagnent presque rien, assure un trentenaire de Saint-Laurent. Un recruteur gagne 100 euros par personne trouvée. Une personne qui cache chez elle la cocaïne est encore mieux payée. Si c’est une semaine, tu as ton pactole. À une époque, pour passer le barrage [de gendarmerie, permanent – ndlr] d’Iracoubo, tu étais rémunéré 500 euros le kilo. Ça, on me l’avait proposé. J’y avais réfléchi trois, quatre fois quand même, car j’étais à mi-temps à Cayenne et je faisais souvent l’aller-retour depuis Saint-Laurent. »

Yves, lui, a franchi le pas. Nous l’avons rencontré à Paris, où il attend toujours d’être jugé. Il raconte.

« J’ai avalé 82 ovules, de 8 grammes chacun »

J’ai grandi à Cayenne. Je faisais de la plomberie, j’étais apprenti, j’avais 24 ans. Je me suis cassé le pouce dans un accident de voiture. Je ne pouvais plus travailler et j’ai alors eu des problèmes financiers. J’ai demandé à un ami comment faire et il m’a proposé de me présenter quelqu’un pour faire ça. J’ai dit non. Mais j’ai été ciblé. Ça passe par ces petits coups de fil. Ils te demandent comment ça va. Ils essaient de t’amadouer. Une personne, qui disait vouloir m’aider, est venue m’apporter 100 euros. Puis encore une fois 100 euros. Quand j’en devais 400 ou 500, on m’a dit : « Soit tu rends l’argent, soit tu voyages. » Si on ne rend pas l’argent, on sait qu’on risque de se faire tuer. C’est déjà arrivé. J’ai perdu un proche comme ça.

Je n’avais pas pris conscience du danger. Ils ne disent pas que ça peut exploser. Et ils m’avaient assuré qu’il y avait 0 % de chance que je me fasse attraper. Des candidats, il y en a tous les jours. Au lieu d’aller travailler dans le bâtiment, certains préfèrent faire ça. Mais les gens ne racontent pas ce qu’ils ont vécu. Ils ont peur d’être dénoncés. Alors, on sait sans savoir. Si une personne part une semaine en France, personne n’a de doute. J’ai même connu une femme qui le faisait enceinte.

À ma famille, j’ai dit que je partais avec des copains pour quelques jours. Sinon, ma mère aurait été capable d’aller tout raconter à la police – ça se passe comme ça dans la communauté haïtienne. Si je lui avais dit que j’avais des problèmes, elle m’aurait sûrement aidé, bien qu’elle vive avec l’argent de la CAF. Mais je ne voulais pas qu’elle se sacrifie. Je ne lui aurais jamais demandé 2 000 euros.

La veille du départ, ils sont venus me chercher, m’ont emmené dans une cabane et m’ont dit : « Faut travailler. » J’ai d'abord pris un produit qui vide tout le ventre en deux heures. Ils m’ont ensuite montré en photo les ovules que j’allais ingurgiter et j’ai dit : « Non, c’est trop gros, je vais pas pouvoir avaler ça. » Ils m’ont répondu : « Alors, tu rembourses le billet d’avion. »

Je n’avais pas de quoi. J’ai avalé 82 ovules, de 8 grammes chacun. Ils m’ont expliqué qu’il ne fallait pas boire d’eau, car ça prenait trop de place. On met les ovules dans la gorge avec un truc gluant. J’ai réussi à avaler. C’est quand j’ai fini que j’ai eu peur. Quand je me touchais le ventre, je les sentais. Ça faisait gloc gloc. À 82 ovules avalés, je n’y arrivais plus, j’avais envie de vomir. Ils ont dit stop. Il était 5 heures du matin.

Ils m’ont mis dans un taxi, jusqu’à chez moi. Et le lendemain matin, je suis parti à l’aéroport. Dans l’avion, on devient parano. J’étais sûr que mon voisin était policier. Mais tout s’est bien passé, et j’ai même cru que c’était gagné. En sortant de l’avion, j’ai envoyé un message à ma compagne : « Je suis en France ! » Mais la douane m’a arrêté, m’a demandé où j’allais. Je n’avais rien à dire. J’ai dit que j’allais chez un ami, à Reims. Puis j’ai changé de version, j’ai dit que j’étais là pour me faire opérer les parties intimes. C’est ce que m’avaient dit de dire les commanditaires. Les douaniers m’ont demandé le nom du médecin. Je ne savais pas quoi répondre. Ils m’ont alors touché le ventre. L’un m’a regardé dans les yeux et a dit : « Il est chargé. »

Le test s’est révélé positif à la cocaïne. Ils m’ont emmené à l’hôpital, scanner, et puis voilà. Je ne voyais pas du tout le caractère de gravité. Je leur ai même demandé si, une fois ces formalités passées, ils pouvaient me trouver un job dans la fonction publique.

Quand ils m’ont arrêté, ils m’ont dit que j’avais un kilo sur moi. Moi, on m’avait dit que je ne transportais que 770 grammes. Il m’a fallu toute une journée pour sortir les trucs. J’avais l’impression que ça me déchirait les fesses.

Pour un kilo, j’aurais dû être payé 5 000 euros. Je ne sais même pas ce que j’aurais fait avec l’argent. Je l’aurais probablement dépensé vite. C’est ce que font beaucoup de jeunes. Ils claquent énormément pendant la semaine où ils sont en France. Ils achètent des vêtements de marque, des chaussures, des casquettes…

Quand j’ai été arrêté, on m’a demandé qui m’avait donné la came. On m’a dit que si je donnais un nom, ce serait plus facile pour moi. J’ai donné le nom de mon contact et du coup, ils ont ouvert une information judiciaire. Et ça prend du temps. C’était il y a trois ans, en février 2014. J’aurais préféré passer en comparution immédiate, comme beaucoup. J’aurais pris douze mois. Je serais sorti au bout de neuf, alors que j’ai fait treize mois et demi de détention provisoire, à Fresnes.

Ça a été le pire moment de ma vie. Je ne souhaite pas ça à mon pire ennemi. Pendant les vingt-deux premiers jours, je n’avais pas d’argent pour appeler ma famille. Je n’avais pas compris que je pouvais le faire. Un codétenu m’a prêté son portable. J’ai appelé. Ma mère m’a dit : « Mais pourquoi tu as fait ça ? »

En prison, c’était comme si j’étais mort. Tout le monde m’a oublié. Seul au monde. J’ai juste eu la visite d’une bonne copine de ma mère. Heureusement, pour sortir, j’ai eu le cousin de ma mère, à Meaux. Il a cherché un travail pour moi et a fini par en trouver un, dans la livraison, et aujourd’hui ça va. J’ai 27 ans, j’ai ma vie ici, j’attends un enfant. Retourner en Guyane, ce serait retrouver les problèmes. J’ai prévenu mes frères et sœurs pour qu’ils ne fassent pas la même bêtise que moi. Je ne leur ai pas parlé de la prison, mais je leur ai dit qu’ils transportaient du poison pour les gens.

 

Comme un certain nombre de mules, Yves a été repéré par les douaniers sans trop de difficultés. « Beaucoup voyagent seuls, ont un vol retour prévu quelques jours plus tard », raconte Me Thomas Ramonatxo, qui a défendu bénévolement Yves et une vingtaine de mules au cours des dernières années.

Un de ses souvenirs les plus marquants est celui « d’un client sénégalais qui avait ingurgité un kilo de cocaïne et qui n’avait pas pu se retenir. Pris d’horribles douleurs gastriques, il avait dû expulser pendant le vol. Mais il n’avait pas son destin entre ses mains. Il craignait les représailles, voulait livrer, et il ne pouvait donc pas tout jeter dans les toilettes. Il a donc rempli un sac à dos, souillé d’excréments, que les douaniers n’ont eu aucun mal à repérer, tant l’odeur était atroce ».

Cette forme de naïveté est très répandue. « Se faire arrêter ? Ils pensent que ça n’arrive qu’aux autres, explique-t-on à l’OCRTIS. Et puis, ils n’ont pas l’impression de mettre leur vie en danger. Les procédés industriels sont très bien confectionnés, les capsules vraiment hermétiques. Ce n’est pas emballé dans un préservatif. Statistiquement, sur ces dernières années, il y a un mort par an. »

La « magie » des bains de plantes

Ce sentiment d’impunité est dopé par les croyances associées aux plantes et aux rites. Les bains de plantes sont en effet des procédés thérapeutiques et préventifs magiques très utilisés en Guyane. Leur mélange, dosé par des guérisseurs, a une force de persuasion difficilement égalable. Les décoctions et infusions de feuilles, d’écorces, etc., sont censées protéger, par exemple, des « obstacles vibratoires » émanant « d’une douanière ». Elles apportent « la chance », font aussi tomber « la peur », comme lors d’un passage d’examen ou un premier flirt. « Les plus jeunes pensent que la marchandise devient invisible », explique-t-on à l’OCRTIS.

Selon Marc-Alexandre Tareau, doctorant en ethnobotanique à l’université de Guyane, « se baigner ici, c’est avant tout se purger symboliquement des forces négatives qui nous entravent puis se prévenir contre elles ». Papa G, « ethnopsychiatre » de l’association Mama Bobi, abonde : « On prend des bains pour un blindage psycho-entérique. C’est une prolongation logique et cohérente du phénomène. »

Des plantes pouvant servir aux bains.
Samuel, vendeur de plantes et ancienne mule.

Samuel est un de ces vendeurs de plantes issues de la pharmacopée des Noirs marrons (esclaves qui se sont échappés des plantations esclavagistes du Suriname pour vivre libres en forêt). Dans la boutique du centre-ville de Saint-Laurent qu’il occupe, il peut répondre à la demande de tisaneurs, de guérisseurs, sans vraiment connaître la finalité des achats, puisque ceux-ci sont nimbés du plus grand secret. « Ça fait plus de dix ans que j’en vends. Je récolte les plantes en forêt et je les cultive aussi sur un terrain », explique-t-il.

Son commerce modeste a été interrompu pendant plusieurs années lorsqu’il a été incarcéré en 2012 pour avoir transporté de la cocaïne. Il a purgé « 1 600 jours » de prison. Il cachait une quantité dont il dit ne plus se souvenir, mais pour laquelle on lui aurait promis 10 000 euros.

Il n’y a pas d’âge pour se laisser convaincre. À l’OCRTIS, on raconte avoir déjà arrêté une grand-mère diabétique en chaise roulante qui allait se faire soigner en métropole et qui profitait du voyage pour transporter de la cocaïne. Mais ce sont surtout les plus jeunes qui attirent l’attention des pouvoirs publics, tant ils sont vulnérables. Sarah Massoud, juge à Créteil, cite ainsi le cas de deux adolescents, de 16 et 17 ans, à qui l’on avait promis un stage au PSG s’ils acceptaient de voyager.

Éric Vaillant, le procureur de Cayenne, en a fait sa priorité : depuis janvier 2017, des instructions sont données à la police aux frontières pour contrôler tous les mineurs qui se présentent à l’aéroport et appeler leurs parents pour savoir s’ils ont bien autorisé le voyage. « On est passés de 48 mules mineures arrêtées en 2016 à 7 pour le premier semestre 2017 », se réjouit le procureur.

« Je travaillais bien à l’école, mais une fois que tu as mis ça dans ta tête... »

À 16 ans, Orianne a été la première mineure à être incarcérée, en 2014, à la prison de Remire-Montjoly pour trafic de cocaïne. La promesse de gagner 1 000 euros lui aura coûté une condamnation à quatre mois de prison ferme – elle purgera finalement deux mois après avoir fait appel. « Je ne manque de rien. C’est juste que je voulais être une fois indépendante parce que c’est mes parents qui me donnent tout le temps de l’argent. Je voulais faire des achats de Noël, à Paris, m’acheter des vêtements. »

Cadette d’une fratrie de huit, elle avait « inséré » à l’aube pâle quatre boulettes dans son vagin. Un peu plus de 200 grammes de poudre quasiment pure (en général, le taux de pureté est de 95 à 96 %), à convoyer au cours du vol du soir pour Orly. C’était l’année de son baccalauréat. « Je travaillais bien à l’école, mais une fois que tu as mis ça dans ta tête…, raconte-t-elle. C’était la première fois que je partais comme ça. Je me suis levée à 5 heures du matin et je suis allée à Albina [ville frontalière du Suriname – ndlr]. On m’avait donné rendez-vous des semaines auparavant et j’avais déjà mon billet d’avion depuis deux jours. Je pouvais insérer ou ingérer, mais j’ai préféré insérer. Je l’ai fait dans une chambre. Ils étaient à côté. J’ai trempé les boules dans de l’huile qu’on utilise pour la cuisine pour que ça passe mieux. J’en avais mis cinq au début, mais j’ai dû en enlever une car je ne pouvais pas marcher. Ça m’a pris peut-être 45 minutes et après j’ai pris la pirogue pour aller à Saint-Laurent, puis j’ai rejoint Cayenne dans un taxi privé. »

 

La suite ne s’est pas passée comme l’avaient assuré les dealers. Les deux jeunes convoyeurs se sont fait coincer par les douanes volantes au cours du trajet vers l’aéroport. « Ils nous ont arrêtés, nous ont dit de boire de l’eau et de faire pipi. Mais moi je ne pouvais pas, parce que d’avoir inséré ça me bloquait. On m’a amenée à l’hôpital, on m’a scannée et ils ont vu que j’avais des boulettes. »

 

Un membre du ministère de la justice en Guyane remarque : « Il y a de plus en plus de gamins qui sont enrôlés par leur tonton, leur cousin, leurs copains : c’est pathétique. Et le gamin qui l’a fait trois, quatre fois va commencer à racoler dans le lycée. C’est assez incroyable. » Quant à ceux qui se font attraper et qui « regrettent » leur geste, « quelques mois plus tard, ils recommencent. Car ils sont tellement sollicités qu’à un moment donné, ils recraquent ».

Dans les rues de Saint-Laurent, deux amis confirment : « On transporte pour s’acheter de nouveaux vêtements, de nouvelles chaussures, des bijoux. Quand tu vois quelqu’un avec un petit CUI [emploi aidé – ndlr], il ne roule pas forcément en Twingo. »

Selon le procureur Éric Vaillant, 10 % des mules se font arrêter à Cayenne, 5 % à Paris et 5 % ailleurs dans la métropole. 80 % échapperaient donc aux efforts substantiels de la douane, de la justice et de la police.

La coopération avec le Suriname s’intensifie

Depuis le début de l’année, la lutte s’est structurée. L’explosion des trois dernières années a engorgé tous les services, d’où le besoin d’un service central. L’OCRTIS compte à présent dix personnes sur place, ayant pour mission première de cibler le réseau de cocaïne et de réguler l’aéroport. La coopération avec le Suriname s’est également intensifiée.

Car à l’OCRTIS, on remarque que le nombre de cas a augmenté côté français depuis que les Pays-Bas, où le trafic était également très important en provenance du Suriname, ont renforcé les contrôles à l’aéroport de Schiphol, à Amsterdam, des vols en provenance de Paramaribo, capitale du Suriname. « Les contrôles sont devenus beaucoup plus nombreux à Amsterdam. Ils ont mis en place des procédures et des jugements rapides : les mules sont renvoyées chez elles. Ils ont également établi une black list, avec interdiction pour ceux qui figurent dessus d’utiliser la compagnie aérienne. »

Les flux de cocaïne dans la mer des Caraïbes et vers la Guyane.
© Observatoire français des drogues et des toxicomanies

La Guyane, via Cayenne et son aéroport international, est donc devenue, pour le crime organisé surinamien, un hub stratégique pour l’exportation de cocaïne. La région parisienne marque souvent un point d’arrivée provisoire avant une réexpédition vers les Pays-Bas et la Belgique. « L’augmentation des interpellations de trafiquants en provenance du Suriname et de Guyane à la gare du Nord de Paris, point de départ à destination de Bruxelles et d’Amsterdam, atteste de cette évolution », selon un rapport publié par l’Observatoire des drogues et des toxicomanies (OFDT).

Dans le même rapport, datant de juillet 2016, l’OFDT explique que « certains groupes criminels, principalement originaires de l’Ouest guyanais, sont en pleine expansion. Pour ne pas se heurter directement aux autres grossistes de cocaïne en France, ils choisissent de s’implanter dans des villes de petite et moyenne importance, plutôt que Paris ou Marseille ».

Pour un trafiquant, il est plus intéressant de placer quatre mules sur un même vol.

Les trafiquants mettent dès lors en place des stratégies toujours plus efficaces. À Bobigny, un magistrat explique : « Pour un trafiquant, il est plus intéressant de placer quatre mules sur un même vol. Parce que s’il en met quatre sur quatre vols, elles peuvent toutes se faire intercepter. C’est un calcul extrêmement cynique. Pour les trafiquants, deux personnes interpellées, c’est intégré dans les pertes. Et si elles passent toutes les quatre, c’est jackpot ! »

Dans tous les cas, les gains sont loin d’être négligeables. « En Guyane, un kilo de cocaïne extrêmement pure s’achète 3 000 ou 4 000 dollars. Il va être revendu 30 000 ou 40 000 euros en métropole, poursuit le magistrat. Si vous faites passer une mule par semaine avec un kilo, au bout d’un an, c’est intéressant. »

Face au phénomène, la réponse judiciaire est balisée en Guyane. « Jusqu’à un kilo de marchandise, explique le procureur Éric Vaillant, la comparution se fait sur reconnaissance préalable de culpabilité. La négociation avec le procureur conduit souvent à une condamnation jusqu’à un an de prison, avec mandat de dépôt. On a eu une centaine de procédures de ce type en 2016. C’est important pour ne pas embouteiller. »

Les moyens d'enquête manquent

Car à Cayenne, les affaires de mules représentent déjà plus de la moitié des audiences de comparution immédiate sur l’année ! Quand on est pris avec un kilo de marchandise, on y écope généralement de deux ans de prison. Auxquels s’ajoute, pour lutter contre la récidive de ceux qui devront payer leur dette, une interdiction pour une durée de cinq ans de se rendre à l’aéroport de Cayenne.

Quand le temps de la garde à vue ne suffit pas à la mule pour « expulser », il faut mécaniquement ouvrir une information judiciaire. Et c’est aussi ce qui est fait, parfois, quand la personne arrêtée dispose de renseignements suffisamment précis sur la filière. Cela s’accompagne d’un placement en détention provisoire, car les mules n’ont aucune garantie de représentation.

Les mules ne sont pas des taupes. Elles n’ont pas la culture de la délinquance, ne pratiquent pas l’omerta. Cependant, leurs explications sont rarement assez précises pour permettre à des enquêtes d’aboutir. « Nous dire que c’est Max, un grand type avec des dreadlocks, qui a filé la marchandise ne va pas nous aider beaucoup », rapporte un magistrat.

Les billets d’avion sont payés en espèces. Les téléphones ont été achetés pour l’occasion. N’y figurent que deux ou trois contacts, dont celui de la personne qui doit venir à l’aéroport. Et les priorités sont ailleurs : les moyens d’enquête manquent, dans une région où la criminalité est forte. Ainsi, le nombre d’informations judiciaires ouvertes a nettement baissé, les procédures prenant des mois ou des années, pour n’aboutir la plupart du temps à rien alors que les enquêtes ont coûté cher. « Sur vingt dossiers, une ou deux fois, on a trouvé un vrai commanditaire avec une petite organisation. Mais là-bas, je n’ai jamais rien remonté. C’est très difficile et les services de police sont débordés », relate la juge d’instruction Sarah Massoud.

On a affaire à des trafiquants qui ont de petits moyens.

« De toute façon, c’est vraiment le bas de gamme de l’organisation, analyse l’avocat Thomas Ramonatxo. Quand on met la dope dans une valise à double fond, il y a un minimum de technicité. Là, même pas. On a affaire à des trafiquants qui ont de petits moyens, qui se contentent de recruter des mules et de payer des billets d’avion. On ne peut pas parler d’organisation. On est bien loin de certains réseaux découverts ces dernières années, des complicités d’hôtesses au sol ou des envois en conteneurs, qui nécessitent de payer des gens, et notamment des douaniers et des policiers. » Sarah Massoud est moins catégorique : « Ça rapporte beaucoup : donc si ça rapporte, il y a une organisation, des échelons. »

La question des aménagements de peine

Quoi qu’il en soit, les comparutions immédiates sont aujourd’hui privilégiées, qui aboutissent à des sanctions rapides et lourdes. Thomas Ramonatxo a beau plaider, inlassablement, à Bobigny et à Créteil, que ce n’est ni une délinquance d’habitude ni une délinquance d’enrichissement, qu’il s’agit de petites mains, que « la mule n’est qu’un instrument pour le trafiquant », qu’elle n’a jamais possédé la marchandise, qu’« elle a voulu gagner 1 500 euros au péril de sa vie » et que « c’est le dealer et l’importateur qui vont faire de l’argent », il n’empêche : ses clients arrêtés dans les aéroports franciliens prennent le chemin de la prison où ils se retrouvent à des milliers de kilomètres de chez eux, isolés, sans famille, sans connaissances, jamais visités et, de fait, sans possibilité d’aménagement de peine, puisqu’ils n’ont souvent nulle part où aller et personne pour les aider à monter un projet professionnel.

« C’est difficile de personnaliser la peine, car on n’a aucun élément de personnalité, regrette un magistrat. Souvent, ce n’est que du déclaratif et c’est dommage, car la peine n’est pas la même si la personne a une charge de famille, quatre enfants, si elle suit une formation de coiffeuse… Les avocats aussi sont souvent très démunis. »

En Guyane, dans l’établissement pénitentiaire de Remire-Montjoly, la problématique de l’aménagement de peine se pose aussi, pour d’autres raisons. « Pour sortir et avoir un bracelet, il faut une box internet [qui surveille les déplacements des prisonniers munis de bracelet – ndlr], mais en Guyane, on se rend compte qu’il n’y a pas tant de gens que ça qui ont une box », explique Marie Dieudonné de Carfort, avocate au barreau de Cayenne.

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La cour de promenade du centre pénitentiaire de Remire-Montjoly.
© DR

Ce n’est pas tout. Le centre pénitentiaire est réputé pour la grande violence qui y règne, les conditions sanitaires dégradées, aggravées par le climat équatorial. À la maison d’arrêt, le taux de surpopulation était de 196 % en décembre 2016. Samuel, le vendeur de plantes qui a passé cinq années derrière les barreaux, raconte : « Il y a des Anglais [appellation donnée aux Guyaniens – ndlr], des Brésiliens, des Vénézuéliens, des Surinamais : on ne peut pas vivre ensemble. Chaque jour, il y a de la violence. Il n’y a que des toxicos. Tu as toujours besoin d’herbe, de crack, de shit. C’est comme un médicament, parce que la prison c’est difficile. »

Ce ne sont pas des gens qui sont faits pour supporter la prison. Pour la plupart, ils n’ont pas de casier.

À Remire-Montjoly, on recense un à deux homicides par an et des hospitalisations régulières à la suite de violences. « Or, ce ne sont pas des gens qui sont faits pour supporter la prison. Pour la plupart, ils n’ont pas de casier, regrette Marie Dieudonné de Carfort. Ils sont miséreux et vont croupir des mois dans un milieu carcéral ultraviolent. »

Pour l’avocate, la tolérance zéro ou l’automaticité de la sanction, prônées par le parquet et de nombreux magistrats dans le but de dissuader, n’ont aucun effet. « Il faut individualiser les peines, c’est ce que dit le code pénal. Si quelqu’un a un casier vierge, il ne faut pas être aveuglé parce qu’on a dit qu’il fallait du tout-carcéral. »

Sarah Massoud, juge à Créteil, pointe elle aussi l’aspect peu dissuasif des peines prononcées. « Il n’y a pas de lien de causalité entre la sévérité et le passage à l’acte, remarque-t-elle. Les candidats ont bien plus vent du copain qui s’est fait 3 000 euros. En cité, le voisin du dealer n’arrête pas de dealer. C’est le même raisonnement en Guyane, avec l’état de nécessité en plus. »

Le risque est que tout le monde se satisfasse de la situation actuelle, à commencer par les policiers et les douaniers : « C’est du bâton facile, dit Sarah Massoud. Une mule, un contrôle de douane, et basta ! C’est quand même plus simple que de démonter un trafic transfrontalier. Et en cité, c’est toute une enquête pour trouver un kilo de coke… »

La tolérance zéro cache un autre malaise, celui d’une prévention collective qui n’est pas à la hauteur du fléau. Les fonds interministériels boudent encore trop facilement le secteur de l’addictologie. Aucune campagne de mise en garde n’a jamais été menée dans les lieux publics, alors que la situation s’est installée avec l’aide de la désinformation ambiante (« les mineurs ne vont pas en prison », « il n’y a aucun risque pour la santé », « personne ne se fait attraper », « on peut gagner beaucoup d’argent »…).

L’histoire de ces mules se perd au fil du voyage, dans les trois, quatre, cinq paires de poches fréquentées par la drogue avant d’arriver dans la narine du consommateur. « C’est une problématique peu questionnée. La réalité, c’est que c’est extrêmement dégradant d’un point de vue moral d’en être réduit à ça, analyse Thomas Ramonatxo. Ingurgiter un kilo d’ovules, c’est colossal. Si un de ces ovules de 20 grammes explose, c’est la mort assurée. »

Entre 10 et 25 % de la cocaïne de métropole vient de Guyane

Selon une estimation de l’Institut national des hautes études sur la sécurité et la justice et de la Direction centrale de la police judiciaire, les organisations criminelles guyanaises seraient actuellement en capacité de satisfaire entre 1/10e et 1/5e de la consommation de cocaïne en métropole. Selon l’avocat Thomas Ramonatxo, « la drogue des XIIIe, XVIIIe, XIXe arrondissements parisiens passe souvent par les mules ». Sur ce marché de la cocaïne, « la demande est beaucoup plus importante que l’offre. Il n’y a jamais assez de petits vendeurs, il n’y a jamais assez de matière », explique Sarah Massoud. « D’où des produits de très mauvaise qualité et des tarifs très différents. »

À défaut d’autres solutions, au cours du grand conflit social du printemps, une partie des manifestants et des parlementaires avait réclamé une nouvelle fois l’installation d’un échographe à l’aéroport, pour « changer les choses ». La mise en place d’un tel système radiographique permettant de vérifier l’intérieur des corps des passagers flotte dans l’air depuis près de deux ans, mais le ministre de l’intérieur, en décembre 2015, y a opposé une fin de non-recevoir. À l’époque, les parlementaires réclamaient un outil très invasif, de type scanner. Bernard Cazeneuve avait refusé, au motif que « l’utilisation d’un scanner corporel à rayons X dans les aéroports demeure interdite au sein de l’Union européenne ».

Le 1er avril 2017, pour tenter une sortie de crise du conflit social guyanais, Matthias Fekl, le ministre de l’intérieur, promettait cependant aux manifestants l’arrivée d’un échographe. Un engagement repris par le gouvernement Philippe. Au sein de la profession médicale, l’annonce de l’installation d’un échographe pour contrôler les passagers de Cayenne douteux laisse sceptique, car l’échographie n’est pas considérée comme l’examen de référence. On lui préfère la radiographie.

Par ailleurs, l’installation d’un tel échographe à l’aéroport nécessite la présence continue d’un médecin, dans un territoire qui ne parvient déjà pas à remplir les postes hospitaliers vacants. En outre, selon l’OCRTIS, « on ne peut pas passer 300 passagers à l’échographe. Il faut compter dix minutes par personne. On ne va pas demander aux gens de se présenter 6 heures à l’avance à l’aéroport ».

Un échographe à l'aéroport Félix-Éboué de Cayenne.
© Guyane 1ère

Lors de son déplacement en Guyane, à la mi-septembre 2017, la ministre des outre-mer, Annick Girardin, s’est rendu compte des faiblesses d’un tel échographe alors qu’elle présentait le nouvel outil à la presse. « Des lésions, des anomalies peuvent fausser le négatif », a expliqué un expert médical devant la ministre. « On ne voit pas aussi bien les boulettes qu’avec une radiographie ou un scanner » et, selon lui, les « tests urinaires » jusqu’à présent pratiqués à l’aéroport sur les passagers suspectés suffisent finalement à enclencher une procédure médicale plus poussée.

Interrogée par Mediapart, Annick Girardin n’a pu que reconnaître les « limites » de l’échographe. « C’est un outil complémentaire qui a été demandé par des élus et des collectifs [de manifestants]. Nous avons répondu favorablement. Il a ses limites. Mais cet engagement a été tenu. » Au vu des enjeux, il paraît aujourd’hui un peu dérisoire.

Enquête : Marion Briswalter et Michaël Hajdenberg
Photographies et infographies, sauf mention contraire : Mediapart, Reuters
Réalisation web : Donatien Huet

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