Nouvelle-Calédonie

Au bout du référendum, la paix ou la discorde

Par Carine Fouteau

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C’est un moment historique que s’apprête à vivre la Nouvelle-Calédonie, cette terre française située aux antipodes, à quelques degrés au nord du tropique du Capricorne dans le Pacifique Sud. Pendant seize jours, en plein été austral, Mediapart a sillonné l’archipel du nord au sud et d’est en ouest, évitant les nids-de-poule et les précipitations, à la rencontre de citoyens calédoniens appelés à se prononcer sur l’indépendance au plus tard en novembre 2018.

Ce pays à la végétation luxuriante, traversé par une chaîne montagneuse exploitée pour son nickel, est scindé entre la province Nord et les îles Loyauté, à majorité kanak et indépendantiste, et la province Sud, riche, blanche et loyaliste.

En haut, la situation de la Nouvelle-Calédonie en Océanie ; en bas, la carte des villes et lieux visités ou évoqués par l'envoyée spéciale de Mediapart.

En nous enfonçant à l’intérieur des terres, en compagnie de la journaliste Sabine Jobert, fondatrice du magazine Le Pays, nous avons fait la connaissance de nombreux Kanak, vivant pour la plupart dans des tribus au rythme de la pêche, de la chasse et de la culture de l’igname, du taro et du manioc. Notre route a aussi croisé des descendants de colons européens, ces Caldoches aux allures de cow-boys, installés pour certains en Nouvelle-Calédonie depuis cinq générations.

Chaque récit familial entre en résonance avec l’histoire du pays, marquée par plusieurs décennies de colonisation brutale. Après avoir pris possession de l’île en 1853, la France a chassé les Kanak de leurs terres et les a soumis au travail forcé. La politique d’immigration de peuplement, mise en œuvre jusqu’après la Seconde Guerre mondiale, s’est traduite par l’arrivée massive de bagnards et de travailleurs venus d’Asie et du Pacifique, à l’origine du métissage progressif des arbres généalogiques.

Sur ce territoire aujourd’hui doté d’institutions politiques propres, l’État français n’exerce plus que les compétences régaliennes. Temps fort du processus de décolonisation, les accords de Matignon-Oudinot (1988), symbolisés par la poignée de main entre Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, ont mis un terme à quatre années de quasi-guerre civile. Dix ans plus tard, l’accord de Nouméa (1998) a ouvert la voie à une période d’apaisement et de réconciliation.

À la recherche d’un « destin commun », Kanak et Caldoches continuent de panser leurs plaies. Car les tensions restent vives entre indépendantistes et loyalistes. Partout où nous sommes passés, la perspective du référendum fait craindre le retour des violences intercommunautaires. Personne ne s’en cache : la peur resurgit à l’occasion de cette consultation décisive. La moindre étincelle, perçoit-on, risquerait de mettre en péril le fragile équilibre d’une société encore très inégalitaire.

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