Iran: ils se souviennent de la révolution

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Parler avec les Iraniens de la révolution de 1979 n’est pas aisé. D’abord, plus des deux tiers d’entre eux n’étaient pas nés. Dans l’Iran de 2019, la moyenne d’âge est de 30 ans. Les plus de 60 ans sont minoritaires et montrent peu d’enthousiasme à l’évoquer. Isabelle Eshraghi leur a demandé de lui raconter un souvenir de ce 11 février 1979. Ceux qui furent acteurs de cette révolution en parlent plus volontiers : « Nous étions heureux, nous avions gagné après un long combat » ; « Tout semblait possible ». Puis un silence s’installe. La confiscation de la révolution par les religieux, la liberté promise qui n’a pas eu lieu, la répression qui a suivi et la guerre avec l’Irak qui a duré huit ans. Ceux qui travaillaient pour le régime impérial et étaient partisans du chah sont beaucoup plus réservés. Ils furent arrêtés et jugés par le tribunal révolutionnaire puis, pour les plus chanceux, libérés. Ils vivent encore en Iran avec parfois la nostalgie d’autrefois.

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  1. Feizollah Salavati, religieux et activiste politique. « J’avais 40 ans. Après avoir surmonté tant de difficultés, nous avions enfin gagné.
    Sous le régime du chah, j’ai été arrêté par la Savak (service de sécurité intérieure et service de renseignement de l’Iran) et fus prisonnier politique durant trois ans. J’y ai subi des tortures. J’étais un des protagonistes de la révolution islamique, je dirigeais les luttes révolutionnaires et j’animais les débats politiques et religieux dans les mosquées.
    Dès que le chah a quitté l’Iran, on sentait que la victoire approchait. À cette époque, j’étais en exil dans la ville de Yazd, j’y ai laissé en sécurité mon épouse et mes quatre enfants, et j’ai pris la route vers Ispahan. Lorsque je suis arrivé, la foule m’a acclamé, des hommes m’ont soulevé et pris sur leurs épaules. La victoire était là.
    J’ai vu l’ayatollah Khomeiny à deux reprises, la première fois le 8 Farvardin (28 mars) afin d’organiser le référendum en faveur d’une république islamique qui a eu lieu deux jours plus tard et a été approuvé par 98,2 % de la population. Tenez, je viens de retrouver cette photographie où je suis avec l’imam Khomeiny.

     © Isabelle Eshraghi © Isabelle Eshraghi

    L’ayatollah Sadoughi chez qui j’étais en séminaire à Yazd durant les années de révolution a souhaité après la victoire que je sois nommé gouverneur de la région de Yazd, mais j’ai préféré revenir dans ma ville natale où j’ai été nommé président du conseil départemental. Ensuite, j’ai été élu député au parlement, durant quatre ans. En 1989, j’ai créé un journal, Navid isfahan, qui a été interdit de publication en 1998.
    Je suis à la retraite à présent, et cela me laisse le temps d’écrire, et de poursuivre mes recherches. Aujourd’hui, ce que je souhaite pour mon pays : la démocratie, la liberté, la justice sociale. »

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