A l’issue de cette classe aménagée, «on voudrait que Théo ait un métier»

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Quatrième épisode de notre immersion dans la Section d’enseignement général et professionnel adapté (Segpa) du collège Béranger à Péronne dans la Somme. Pour beaucoup de parents, la Segpa destinée aux élèves « en grande difficulté scolaire » a été une bénédiction, une école de la dernière chance et un éventuel tremplin pour la poursuite en lycée technique ou en apprentissage. Souvent méfiants envers l’institution scolaire, parfois en raison de leurs propres échecs, les parents n’ont qu’une hantise: celle d’avoir un enfant déscolarisé qui resterait à ne rien faire.

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  1. Péronne (Somme), le 16 novembre 2019.

    Sébastien Bellancourt, 42 ans, Monique Griffon, 49 ans, et leur fils, Théo Bellancourt, 14 ans, en 4e Segpa.         

    Théo Bellancourt habite avec sa famille dans un petit pavillon de briques rouges en bordure de la ville, dans le quartier des HLM. Son père, Sébastien, collectionne les figurines d’Indiens, les montres à 5 euros de la recyclerie, les voitures et les camions en modèles réduits qui ont droit à la vitrine. C’est un homme en colère. Échange.

    Monique Griffon : Théo, il est gentil mais il fait un peu bébête, il a des hauts et des bas. En 6e normale, il n’arrivait pas à suivre, mais en Segpa, ça va mieux. Il faut bien aller à l’école.

    Sébastien Bellancourt : On n’a pas le choix, il faut bien qu’il apprenne quelque chose.

    Théo : Je voudrais faire de la mécanique moto.

    Sébastien Bellancourt : Je suis mécanicien poids lourds dans une entreprise à Cambrai.

    Monique Griffon : Et moi auxiliaire de vie à la maison de retraite, je suis à la plonge et en cuisine. Quand Théo était à l’école primaire, ça allait à peu près…

    Sébastien Bellancourt : … pas très bien puisqu’ils l’ont foutu en CLIS [classe pour l’inclusion scolaire – ndlr] en CM1 et CM2. Quand on a un gosse en difficulté, on s’embête plus, on n’a pas le temps, hop, on le fout sur un coin de table à l’arrière. Et le gosse n’évolue plus. J’en veux beaucoup à l’école primaire où il était. Maintenant, au collège, en Segpa, ça va mieux. S’il est heureux comme ça, tant mieux pour lui. Son métier, il l’apprendra sur le tas, la mécanique ça s’apprend comme ça. Depuis vingt-deux ans que je suis mécanicien, j’en apprends tous les jours. Lui, pendant ces deux années en CLIS, il n’a pas avancé, il n’a rien appris, deux années de perdu.
    Il a redoublé son CM1 en CLIS. On n’était pas d’accord mais ils n’ont pas écouté notre point de vue, c’était jugé d’avance et on n’a pas eu notre mot à dire. C’est pas normal mais qu’est-ce qu’on peut faire de plus, on va quand même pas prendre un avocat ? Puis, une fois au collège, on nous dit ben, il est en retard.

    Monique Griffon : Maternelle, CP, c’était bien mais après, il est descendu.

    Sébastien Bellancourt : La vie est dure. Mon aîné, qui a 20 ans, n’a pas grand-chose, il n’a pas de diplôme, rien, ils vont aller où ces jeunes-là ? Lui, il joue surtout à la Playstation. Sans diplôme, sans piston, personne ne vous prend.

    Monique Griffon : Formation, formation, formation, pour avoir quelque chose, il faut toujours une formation... Moi j’ai repris mes études. J’ai repassé mon CAP et j’ai été pris à la résidence pour personnes âgées en CDI depuis deux ans, à 47 ans.
    On voudrait que Théo ait un métier.

    Sébastien Bellancourt : Qu’il fasse les stages correctement. Mon aîné ne fait rien, je ne voudrais pas que le second suive le même chemin. C’est emmerdant ! Après, on peut bien le garder jusqu’à 25, 30 ans chez nous mais c’est pas une solution, il faut quand même qu’il trouve une activité, qu’il fréquente, qu’il se mette en ménage.

    Monique Griffon : Il ne sort jamais.

    Sébastien Bellancourt : Ben non, il joue à la Playstation. Tomber dans la console de jeu, c’est terrible, c’est une perte de temps, ça sert à rien.

    Monique Griffon : Théo aussi joue. Et quand il perd, il s’énerve.

    Sébastien Bellancourt : Il tape dans le mur à coups de pied, de poing. C’est pas ça qui va le faire avancer.

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