Les Road Dogs, vagabonds aventureux

Les Road Dogs errent dans les villes et passent les frontières clandestinement. On croise parfois ces possédés du rail sans le savoir en attendant notre train dans une gare, alors qu'ils sont planqués dans les entrailles mécaniques des trains de marchandises. On les retrouve sur Internet ou dans certaines librairies qui distribuent leurs livres de photographies aux tirages très limités où ils rendent compte de leurs road trips entre amis, à la conquête du monde. On entend parler de leurs soirées secrètes et déglinguées dans des lieux abandonnés et métamorphosés en décors cheap de science-fiction. Rencontre avec le jeune collectif 4TH dans un bar de quartier qui sent l'alcoolisme, ultime échauffement avant de terminer la soirée dans un abri anti-atomique sous Paris, entre quelques blattes et d'anciens drapeaux de la Résistance, à découvrir au Carreau du Temple, à Paris, lors de la Urban Art Fair, du 22 au 24 avril 2016.

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  1. Globe-trotters. Jack Tezam, Woody et 9tendo sont trois, mais parlent d'une seule voix qui n'a toujours pas atteint la trentaine. « Les vieux trains de fret rouillés nous excitent plus qu'un métro neuf. On n'est pas dans le même délire que les graffeurs de trains qui collectionnent les "systèmes" [l'expression désigne les graffeurs qui collectionnent les différents modèles de train dans le monde entier, et délaissent souvent les trains de marchandises qui sont moins sécurisés – ndlr]. Les trains de fret voyagent, ils traversent les frontières en passant par des zones industrielles, des no man's lands, ce qui n'est pas le cas des trains qui ont des voyageurs. Les trains de fret permettent de découvrir des lieux qu'on ne voit jamais, ils ont leurs propres lignes de chemin de fer, leurs gares sont souvent en périphérie des villes… On a traversé la France, le Benelux, l'Allemagne, on a tenté la Serbie mais c'était chaud car les flics là-bas sont vigilants. Avec les trains russes, les distances sont énormes, tu peux prendre un train à Moscou et tu arrives au Kazakhstan, avec l'armée qui t'accueille. On a déjà été reçu en treillis militaire en Karélie. L'Europe de l'Est, on l'a faite surtout en stop : Roumanie, Serbie, Bulgarie, Turquie, Moldavie, Russie… la liste est longue ! »

    4TH, auto stop en Russie 4TH, auto stop en Russie

    « À Irkoutsk, on s’était fait héberger par un flic local qui voulait absolument squatter avec nous puisqu'il s’était découvert de lointains ancêtres français du temps de Napoléon Ier. On a pas mal picolé puis fait un sauna avec lui, il s’est même mis à nous fouetter avec des branches de pin pour la circulation du sang… quand tu te dis que c’était un flic qui approchait les 100 kg, la scène est marrante à imaginer. On a rencontré plein de gens grâce au stop, et autant d’histoires louches ! On découvre souvent des lieux de passage obligé chez les autostoppeurs, certains laissent leurs traces aussi, ils écrivent sur les murs quand ils sont passés par là, où ils vont. Sur notre route, on a croisé par mal de tags d’Honet ou de Cli. » 

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