Shlomo Sand : l’illusionnisme casse-cou d’Israël

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Shlomo Sand publie Comment la terre d'Israël fut inventée : de la Terre sainte à la mère patrie après Comment le peuple juif fut inventé en 2008. Il fait le point sur la situation entre Jourdain et Méditerranée, mélange d'inconscience, de cynisme et de mythes coriaces.

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Shlomo Sand : brèves visions d'Israël © Mediapart

La vidéo ci-dessus résume à grands traits les positions de Shlomo Sand, né en 1946, de parents juifs polonais, dans un camp de réfugiés en Autriche. Mediapart avait déjà interrogé ce professeur d'histoire contemporaine à l'université de Tel-Aviv lorsqu'il publia, en 2008, Comment le peuple juif fut inventé. De la Bible au sionisme (Fayard). Ce livre valut à son auteur d'être traité de négationniste.

Voici que sort en librairie Comment la terre d'Israël fut inventée. De la Terre sainte à la mère patrie (Flammarion, 368 p., 22,50 euros). Continuant son entreprise de questionnement du lien entre les juifs et la “terre d'Israël”, Shlomo Sand décrypte « cette image mystifiante centrale » consistant à présenter la Palestine comme “une terre sans peuple” forcément destinée à “un peuple sans terre”. L'ouvrage s'attache à démontrer le rôle des chrétiens évangélistes dans la propagation d'une telle appréhension.

Avec le Centre d'histoire sociale du XXe siècle (lire la “boîte noire”), nous avons convié Shlomo Sand à s'expliquer sur la situation actuelle en Israël, à partir de ce qu'il écrit en conclusion de son essai :

« En apparence, l'occupation, entrée dans sa cinquième décennie, prépare, au plan territorial, la constitution d'un État binational. La pénétration croissante de colons au sein de zones d'habitation palestiniennes densément peuplées apparaît comme un processus qui rend impossible toute tentative de séparation politique (...) Le grand compromis prometteur, reposant sur le retour d'Israël aux frontières de 1967, la création d'un État palestinien voisin (avec Jérusalem comme capitale commune), la fondation d'une confédération entre deux républiques souveraines et démocratiques appartenant à tous les citoyens qui vivent dans chacune d'elle, apparaît comme un rêve qui s'éloigne et s'évanouit dans l'obscurité du temps. »

Dans la vidéo ci-dessous, Shlomo Sand détaille d'abord les différences (illusoires à ses yeux) entre Benjamin Netanyahou et Ariel Sharon, par rapport au (prétendu) processus de paix avec les Palestiniens. Shlomo Sand revient sur sa vision, évolutive, des accords d'Oslo signés à Washington en septembre 1993 (à partir de 1 minute 30). Il raconte une anecdote éclairante (5 min 55) au sujet de Haider Abdel Shafi (1919-2007), ce médecin palestinien de gauche et laïque, favorable à la reconnaissance d'Israël et à l'arrêt des violences, contre l'abandon de toute colonisation. Shlomo Sand est interrogé (9 min) sur une tentation à laquelle cède son pays : négocier avec des interlocuteurs une fois que ceux-ci sont discrédités et débordés par plus belliqueux, ce qui rend la paix inatteignable. Il résume la position d'Israël (15 min 45), qui veut la paix et la terre (ce qui permet en anglais ce jeu de mot : to want peace, plus a piece of Gaza and a piece of the West bank). Enfin (19 min 30), pour faire comprendre aux Français les difficultés du compromis territorial, Shlomo Sand prend l'exemple de ce que serait la perte d'Orléans, si liée à Jeanne d'Arc dans l'imaginaire hexagonal – avant que ne lui soit soufflé le nom plus symbolique de Reims, ville du sacre des rois de France...

Shlomo Sand : du traquenard patriotique en Israël (1/2) © Mediapart

Dans la dernière vidéo (ci-dessous), Shlomo Sand répond d'emblée à une question (coupée au montage) concernant la résistance au sionisme au sein même de la société israélienne. Il introduit (3 min 30) une analyse en termes de classes, montrant que les couches les plus défavorisées parmi les juifs d'Israël sont conduites, en cas de crise économique, à opter pour l'extrémisme politique tout en lâchant du lest sur le sionisme même. Il insiste cependant (6 min 15) sur l'absence de solidarité avec les Palestiniens, encore récemment maintenus dans l'angle mort de la gauche israélienne, lors des grandes manifestations de protestations sociales dans le pays – ainsi qu'en témoignèrent les propos de la responsable du parti travailliste rénové : Shelly Yachimovich (à 9 min 14). Shlomo Sand se définit lui-même comme « non sioniste », ou « post-sioniste » plutôt que comme anti-sioniste (12 min 30) et prend l'exemple de la France, si elle devait être définie comme un « État gallo-catholique » (13 min 03). Il pointe par ailleurs les manquements occidentaux, rehausse Carter mais rabaisse Obama et Clinton (à partir de 14 min 20), tout en insistant sur l'écrasante responsabilité du lobby évangéliste (15 min 45). Enfin (à partir de 16 min 20), Shlomo Sand évoque le cas de l'Iran : il fustige l'enrôlement dangereux d'Israël dans une politique de “choc des civilisations”, qui joue avec le feu symbolique et nucléaire...

Shlomo Sand : du traquenard patriotique en Israël (2/2) © Mediapart

Retrouvez, sous l'onglet “Prolonger”, l'ensemble des séances vidéo organisées conjointement par Mediapart et le Centre d'histoire sociale du XXe siècle.

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Depuis avril 2010, Mediapart, en partenariat avec le CHS (Centre d'histoire sociale du XXe siècle : Paris I-CNRS), rebondit sur une question d'actualité en l'approfondissant grâce à l'expertise d'universitaires.

Françoise Blum est la cheville intellectuelle de ce projet. Une professionnelle de l'audiovisuel, Jeanne Menjoulet, nous a apporté son métier pour la captation, puis le montage de cette rencontre, qui s'est tenue le 13 septembre 2012 dans la bibliothèque Jean-Maitron du CHS, rue Malher, à Paris (IVe).

La première vidéo mise en ligne fut tournée à la toute fin de l'entretien, tel un flash récapitulatif à même de (re)lancer le débat...