Dans les villes FN, les relations tumultueuses avec la presse locale

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Les réponses intégrales (écrites) des maires:

  • Sollicité par Mediapart, le maire du Pontet a fait répondre son directeur de cabinet, Xavier Magnin :

« Joris HEBRARD ne répondra pas directement  à votre demande de commentaire quant aux relations que nous pouvons avoir avec la presse locale. Il a souhaité que je m’en charge.

Sachez Madame, que nous avons les meilleures relations possibles avec la presse, qu’elle soit locale ou pas.

Joris HEBRARD entretient d’excellents rapports avec les correspondants du Dauphiné Libéré et la Provence, correspondants qu’il connait personnellement depuis de nombreuses années.

Ayant appris les bonnes manières, la courtoisie et le respect de l’autre, Joris HEBRARD entretient des rapports courtois avec tous  les journalistes qui souhaitent obtenir des informations.

Dans les cas, malheureusement nombreux, où les professionnels de la presse manqueraient d’objectivité, nous n’hésitons pas à faire valoir nos droits de réponse, lesquels, la plupart du temps, sont diffusés.

Cependant, quand il arrive que des journalistes ayant mis en cause le Maire ou les élus de la ville du Pontet refusent ce droit de réponse, nous utilisons les autres médias qui sont mis à notre disposition, à savoir notre bulletin municipal , notre site internet ou les réseaux sociaux.

Ainsi, comme nous n’avons rien à attendre de la presse, nous sommes  à l’aise avec elle.

Enfin, une petite précision qui a son importance : nous ne nous considérons pas d’extrême Droite.

Je dirais même que la Droite c’est nous, les Républicains (ex UMP) ayant cessé depuis longtemps de défendre les valeurs de Droite. »

  • Steeve Briois, maire d'Hénin-Beaumont, nous a envoyé le mail suivant :

« À partir du moment où la Voix du Nord a donné des consignes de vote aux régionales en appelant à nous faire battre sur plusieurs pages sans nous laisser la parole, nous n'avons plus des journalistes face à nous mais des militants politiques. Ils sont donc traités en militants politiques. » 

  • Julien Sanchez, maire de Beaucaire, nous a envoyé les deux mails suivants :

« Concernant Beaucaire, plusieurs de vos confrères n'ont pas eu la même éthique depuis mon élection.

J'ai ainsi dû, par exemple, poursuivre en justice "Midi Libre" dont le directeur de la publication de l'époque a été condamné en première instance à une insertion forcée de droit de réponse, à des dommages et intérêts et au paiement de frais de justice. La peine vient d'être aggravée en appel à une peine d'amende ferme, des dommages et intérêts et au paiement des frais de justice (mon droit de réponse a depuis été publié conformément au jugement mais avec du retard malgré le premier jugement très clair).

L'affaire est actuellement en cassation, ce Monsieur ne souhaitant pas avoir de casier judiciaire.

Je précise qu'avant d'en arriver là, j'ai parlementé, discuté mais, étant donné le refus persistant d'insérer mon droit de réponse, j'ai fait valoir mes droits (comme chacun peut le faire).

Ayant travaillé pour le service de presse du FN pendant plusieurs années, j'ai un immense respect pour la profession, plus encore pour les vrais professionnels car je sais combien c'est un métier difficile quand on le fait bien et avec abnégation et investissement.

Durant mon expérience professionnelle enrichissante, j'ai pu côtoyer toutes sortes de journalistes.

J'ai pu parfois noter que certains journalistes engagés (aussi bien à gauche qu'à droite) étaient plus honnêtes que certains réputés non engagés, je ne rentre donc pas dans ces considérations-là dans mes relations avec la presse car l'étiquette du titre (lorsqu'il en a une) ne veut rien dire.

C'est la personne et son esprit (ou son état d'esprit) qui comptent. Oui, je crois encore en l'humain... sinon je ferais autre chose.

En dehors du procès en insertion forcée de droit de réponse, mes relations avec la presse locale depuis le début du mandat sont très variables et fluctuantes, tout autant que les arrivées et départs de journalistes.

Je ne demande que deux choses aux journalistes :

1/ qu'ils fassent leur travail avec respect du contradictoire.

2/ qu'ils restituent fidèlement mes propos lorsqu'ils me citent

Cela semble hélas trop compliqué pour certains.

Pour résumer : Mes relations sont et ont toujours été depuis 2 ans normales avec les journalistes qui ont une éthique et qui sont professionnels (quelles que soient leurs idées).

Elles sont plus tendues avec les journalistes non professionnels et/ou ouvertement sectaires avec "complexe" de supériorité (certains journalistes se sont ainsi permis d'émettre des jugements de valeur, d'autres de s'en prendre au physique d'une de mes adjointes ou plus grave...).

Pour autant, rappelons-le, avoir une presse totalement hostile n'a aucune conséquence négative dans les urnes.

Malgré des articles exclusivement à charge pendant plusieurs mois puis un boycott de plusieurs mois du seul quotidien local, en 2 ans, à Beaucaire, le FN est passé de 39,9% (au second tour des municipales) à 60% (au premier tour des régionales).

Que ce soit bien clair : Je ne demande pas à ce qu'on me traite comme un élu local PS ou Républicain, je n'ai pas besoin de courtisans.

Il serait bien en revanche qu'on traite les élus locaux FN présidant un exécutif comme leurs homologues sans étiquette, c'est-à-dire en décrivant les faits et en respectant le contradictoire, ce que vous semblez, à vous lire, vouloir faire dans votre papier.

Quand je constate qu'un journaliste ne respecte pas le contradictoire, je suis déçu et n'ai plus aucune estime pour son travail car à mon sens la profession de journaliste (que je voulais exercer étant petit) est et doit être une profession sérieuse.

Et quand je constate qu'un journaliste transforme mes propos, je ne lui réponds plus que par écrit puis, s'il persiste, je ne lui réponds plus du tout.

Dans ces cas-là, j'en rends bien sûr toujours compte à mes concitoyens afin qu'ils soient informés du pourquoi du comment. »

« Concernant Midi Libre, les relations sont fluctuantes.

Je n'ai aucun a priori sur ses journalistes locaux qui sont en ce moment globalement professionnels (cela contraste un peu avec l'attitude de Madame Dutron qui semblait allergique aux élus Front National, même sur les sujets non politiques, au point que cela soit clairement perceptible dans ses articles parfois dignes d'un journal d'opinion, il est difficile de "travailler" avec quelqu'un chez qui vous suscitez une allergie épidermique).

Pour rester factuel, encore récemment, ce quotidien (bénéficiant dans le Gard d'un monopole et lié comme vous le savez à M. Baylet, dont le parti dirige la région avec le PS) a hélas "commis" une interview d'une page de Mme Delga me mettant gravement en cause de manière mensongère et injurieuse, sans aucun respect du contradictoire (je vous invite à lire cet entretien, véritable agression propagande puisque sans contradictoire).

Cet article fait l'objet d'un nouveau droit de réponse d'une page (même nombre de caractère, même endroit) en espérant que cette fois "Midi Libre" le publiera sans que nous ayons besoin d'aller en Justice en insertion forcée.

En l'espèce, ce non respect de la déontologie la plus basique est un peu lassant, mais, dans de pareils cas, nous faisons et ferons systématiquement des droits de réponse et chaque organe de presse en est informé.

Ce nouvel incident est quoiqu'il en soit regrettable et déplorable.

Dans une ville où le FN fait 60% au 1er tour et qui est dirigée par le FN, il serait logique que ses élus (démocratiquement choisis par la population, tout comme toute autre équipe municipale) soient traités normalement et avec respect et déontologie par les médias locaux.

Les habitants savent que nous nous démenons pour eux 7 jours sur 7. 

Nous cracher dessus sans raison est contre productif.

D'ailleurs, de nombreux Beaucairois se désabonnent depuis 2 ans ou ne lisent plus ce quotidien par réaction.

Chacun vote pour qui il veut et les Beaucairois (qui ont du caractère) aimeraient juste que les élus qu'ils ont choisis cessent de bénéficier d'un traitement de défaveur voire parfois stigmatisant et injurieux sans raison. »

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Mise à jour: cet article a été actualisé le 21 juin avec les communiqué du Syndicat national des journalistes (SNJ) sur la situation de la presse à Fréjus (ici et ).

Sur les quatorze villes d'extrême droite, nous avons retenu les huit principales villes FN (ou soutenues par le FN). Leurs maires ont tous été sollicités. Fabien Engelmann a accepté une interview, Steeve Briois, Julien Sanchez et le directeur de cabinet de Joris Hébrard nous ont répondu par mail (lire sous l'onglet Prolonger), David Rachline s'est contenté d'un « Non merci », Robert Ménard a refusé l'interview.

Nous avons demandé à quatorze journalistes locaux de raconter leur travail au quotidien, leur traitement du Front national, leurs relations avec les élu.e.s frontistes, les réactions (ou absences de réactions) à leurs articles. Trois d'entre eux ont souhaité témoigner sous anonymat, certains pour préserver leur travail au quotidien avec le FN, d'autres par rapport à leur direction. Cités dans l'article, Pascal Wallart, Éric Farel, Mehdi Gherdane et Maxime Fieschi sont par ailleurs les auteurs du livre Ma ville couleur bleu marine (novembre 2015, Flammarion), récit du « vrai visage du FN au pouvoir ».

*À la tête de l'agence du Midi-Libre à Béziers, Arnaud Gauthier nous a répondu au moment où il passait la main à son adjoint le temps d'un congé sabbatique de six mois.

Depuis 2012, Mediapart et ses journalistes font l'objet d'une interdiction d'accès du Front national à tous ses événements publics (les détails ici et ).