« La Voix de son maître » : onze patrons saisis par Mordillat et Philibert

Par Tënk & Mediapart

« Le capital est devenu anonyme et c’est sa force » : onze patrons et une patronne de grandes entreprises françaises parlent face caméra du pouvoir, des syndicats, des grèves, de l’autogestion… On est dans les années 1970. Gérard Mordillat et Nicolas Philibert capturent ce moment de bascule sociale et économique et c’est fascinant. En partenariat avec Tënk, plateforme du documentaire d’auteur.

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Quelles sont les qualités d’un chef ? Quel plaisir trouve-t-il à diriger des hommes et des femmes ? Comment contenir les revendications des ouvriers ? Peut-on faire confiance à ces derniers pour s’organiser ? Au milieu des années 1970, Giscard s’installe à l’Élysée, une certaine modernité veut s’emparer du pays. Les patrons y sont forcément sensibles. Devant la caméra de Gérard Mordillat et Nicolas Philibert, ceux qui dirigent alors L’Oréal, Darty, Boussac, IBM France, Paribas, Elf, Waterman, le Club Med… parlent de leur exercice du pouvoir au sein d’entreprises qui mutent aussi. À travers une écoute attentive, une image impeccable (tout y désigne l’époque : le mobilier, la cigarette qui se consume, la cravate ou pas de cravate, l’avènement de la télévision) et une intention assumée de la part des réalisateurs, ces patrons livrent l’entreprise de leur rêve, avec bientôt ses manageurs, ses évaluations annuelles, ses actionnaires anonymes… C’était au temps où la communication n’avait pas complètement verrouillé les discours et où les choses se disaient derrière des sourires convenus.