«Demi-mort.e.s», parce qu’homosexuel.le.s

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Avoir des relations sexuelles entre adultes de même sexe est considéré comme un délit, voire un crime, dans 72 États du monde. En Afrique, où 33 pays sur 54 disposent de lois répressives, l’homosexualité est instrumentalisée ou stigmatisée par des gouvernements. Ainsi, le président ougandais Yoweri Museveni a qualifié en mars 2014 les homosexuels d’« ekifire » : de « demi-morts ». Pour vivre en paix, certains vont alors vivre masqués. Mais il existe aussi des activistes, déterminés à lutter pour leurs droits. Rassemblant leur courage, ils poussent les membres de la communauté LGBTI à se montrer. Depuis des années, Frédéric Noy documente la vie de ces communautés dans trois pays d’Afrique de l’Est : le Burundi, le Rwanda et l’Ouganda.

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  1. Burundi. Brinch, chez lui, une maison qu’il loue dans un quartier de Bujumbura. Pour gagner de quoi vivre, il coud. Son père a découvert son orientation de manière fortuite. Alors que Brinch travaillait dans un salon de beauté comme maquilleur, son père passe dans la rue au moment où il faisait une démonstration à une cliente. « Voilà que je vois ce que j’ai entendu ! » Il l’appelle. Apeuré, Brinch s’enfuit. Son père lui fait dire de ne plus rentrer à la maison. Il passe quelques jours chez des amis, demande pardon et revient. « L’image que mon père avait de moi était encore dans son esprit. Les punitions devinrent atroces. » Le père le chasse de nouveau. Alors que Brinch était toujours parmi les dix premiers à l’école, son père ne paie plus ses études. « Ça m’a beaucoup choqué. Quand il m’a chassé, j’étais jeune. Je ne connaissais pas la vie. Pour devenir ce que je suis, j’ai traversé de dures épreuves. J’ai acquis un caractère. On dirait que je ne suis pas un enfant comme les autres dans ma famille, alors que c’est moi qui devrais garder les plus jeunes. Ça me fait mal encore. J’ai été chassé de chez moi alors que mes parents étaient séparés. Puis ma mère est morte. Mon père m’a alors dit : “Dans ma famille, on n’a jamais vu d’homo. Va déterrer ta mère pour lui demander qui est ton père.” Il dit qu’il n’a pas enfanté d’homo et qu’il me faut trouver un autre père à qui parler de mon caractère… » Depuis, Brinch s’est exilé au Kenya, où il a ouvert un salon de coiffure et de couture.

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