Enfouis dans les sous-sols de l'Opéra en 1907 (avec un complément ajouté en 1912), des enregistrements alors jugés capitaux pour les générations suivantes ont été exhumés après cent ans de solitude. Ils viennent de donner lieu à la publication de trois CD (EMI) ainsi qu'à une exposition virtuelle de la BNF. Quand le vertige dépasse la mesure...
Ce barbu aux faux airs de Brahms qui joue la 11e Rhapsodie hongroise de Liszt n'est autre que Raoul Pugno, né à Montrouge en 1852 et mort à Moscou en janvier 1914 au cours d'une tournée. Lorsque l'auteur de ces lignes accompagnait son professeur de piano, Marie Gourgues-Magnan (1900-1998), qui avait été l'élève de l'auguste maître, chez Pugno, magasin de partitions sis au 19, quai des Grands-Augustins dans le VIe arrondissement de Paris, il était saisi de vertige. La vieille dame, avant de pousser la porte du magasin, jetait un œil sur l'enseigne, toujours en place aujourd'hui, qui représente le concertiste ventripotent à son clavier. Clavier dont la petite élève devenue très âgée avait jadis hérité : en allant chez elle rue Jean-Baptiste-Clément à Boulogne prendre ses leçons, on jouait donc sur le piano à queue, un Pleyel noir aux allures de corbillard, de Raoul Pugno.