Jean-Claude Milner: «Pour Sarkozy, il s'agit désormais de travailler plus pour... ne pas sombrer dans la misère»

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En dix ans, la France est passée du désir de travailler moins à l'obligation de travailler plus. Et la dépression économique en cours risque de transformer le travail. Nous avons demandé sa vision d'une telle évolution au linguiste Jean-Claude Milner, qui avait analysé (Le Salaire de l'idéal au Seuil en 1997) l'écrasement des classes moyennes sous une valeur travail revisitée par un capitalisme féroce déferlant depuis la Chine et la Russie. Ces classes moyennes sont aujourd'hui au cœur des évolutions du discours présidentiel.

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Jean-Claude Milner, 67 ans, normalien, agrégé de grammaire, qui fut professeur de linguistique à l'Université de Paris VII et président du Collège international de philosophie, a publié en 1997 un essai intitulé: Le Salaire de l'idéal. La théorie des classes et de la culture au XXe siècle (Ed. du Seuil). Il y démontrait, en pleine euphorie de la réduction du temps de travail, qu'une loi de fer obligeant à travailler plus allait s'imposer. En effet, un capitalisme (re)devenu sauvage, dont la Chine, la Russie ou l'Inde servent de laboratoire, s'apprêtait à déferler. L'une des conséquences serait de retirer aux classes moyennes, en particulier intellectuelles, qui ne produisent aucune plus-value, la protection dont elles jouissent dans le monde industriel au capitalisme régulé, sous la forme d'un «différentiel» appréciable (temps libre, rémunération supérieure).