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Mediapart dim. 28 août 2016 28/8/2016 Dernière édition

Cinéma: les peuples du Pacifique veulent raconter leurs histoires

13 février 2016 | Par Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin

Comment faire du cinéma aux îles Cook, au Tonga ou au Vanuatu quand tout manque ? Et que dire de la Polynésie française, qui n'est éligible aux aides du Centre national de la cinématographie que depuis deux ans ? État des lieux à l'occasion du Festival international du film documentaire d'Océanie.

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Papeete (Tahiti), envoyés spéciaux.- « Nous sommes des infiniment petits du monde. La Polynésie française compte 275 000 habitants. La première destination se trouve à huit heures d’avion, et certains archipels sont encore plus isolés. Travailler ensemble, à travers tout le triangle polynésien [un espace maritime de 5,5 millions de km2 qui s’étend de Hawaii (possession américaine) à la Nouvelle-Zélande et à l’île de Pâques (possession chilienne) avec en son centre les îles de Polynésie française] et au-delà, est indispensable. La France a été capable d’investir massivement pour faire les essais nucléaires. Ne peut-elle pas nous accompagner désormais dans ce combat pour la diversité ? Nos langues et nos cultures vont disparaître. Il ne suffit pas de construire des digues : les tsunamis passent toujours au-dessus des digues. Il faut que les hommes aient des paroles fortes. » C’est ainsi que Wales Kotra, lui-même originaire de Nouvelle-Calédonie, résume l’enjeu du Festival international du film documentaire d’Océanie (FIFO), qu’il a créé en 2003 et dont la treizième édition vient de s’achever à Papeete, la capitale de la Polynésie française (Mediapart diffusera prochainement deux documentaires primés).

Durant une semaine, cette petite bourgade aux allures de sous-préfecture coloniale des tropiques devient le centre d’un monde océanien étendu sur des millions de kilomètres carrés. Réalisateurs, producteurs et festivaliers se retrouvent sur le paepae de la Maison de la culture, centre névralgique du festival.

Tame Iti, militant Maoris, dans « The price of peace » de Kim Webby, film prochainement diffusé sur Mediapart © Jos Wheeler Tame Iti, militant Maoris, dans « The price of peace » de Kim Webby, film prochainement diffusé sur Mediapart © Jos Wheeler
Dans les cultures polynésiennes, un paepae, c’est un lieu de rencontre traditionnel. On pouvait y croiser des réalisateurs d’Australie et de Nouvelle-Zélande ; Jaiyyah, la première star transgenre du football mondial, venue des Samoa américaines ; des producteurs coréens, de plus en plus intéressés par le Pacifique ; ou encore des militants culturels de Rapanui (l’île de Pâques), possession chilienne dont le peuple autochtone appartient aussi à la famille polynésienne. Séquelle d’une “bonne société coloniale” encore vivace, les Blancs sont toujours plus nombreux, dans le public local, que les Polynésiens ou les métis (les “demis”), mais d’année en année, le Festival s’ouvre davantage. Les scolaires viennent en car de toute l’île de Tahiti pour regarder des films réalisés par les “cousins” du Pacifique.

Pourtant, comment peut-on faire du cinéma aux îles Cook, au Tonga ou au Vanuatu ? Tout manque, les moyens de production, les cadres formés, mais aussi les salles de projection et le public… Même en Polynésie française ou en Nouvelle-Calédonie, la plupart des aides viennent de métropole, au risque d’entraîner une déformation du regard porté sur les problématiques des îles et de leurs habitants. « Nous voulons nous accrocher à cette culture commune du Pacifique », poursuit Wales Kotra. « Le festival est l’occasion de créer, une fois l’an, un lieu, un espace réel dans lequel on peut échanger ces images, ces paroles, nos histoires singulières. Inconsciemment, nous avons envie de retrouver le chemin des pirogues de nos ancêtres. C’est pour cela que des films documentaires sur les Aborigènes ou les Maoris de Nouvelle-Zélande remplissent les salles. »

Le drapeau bleu, blanc, rouge flotte toujours sur cette Polynésie « française », dont les centaines d’îles sont autant de confettis d’un empire colonial oublié. Depuis la fin des essais nucléaires du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP), en 1995, la manne de l’État fond comme neige au soleil des îles, et la Polynésie est toujours gérée par une poignée de grandes familles, qui mêlent affaires et politique. La production audiovisuelle est largement dominée par France Télévisions et sa déclinaison locale, Polynésie Première.

Pourtant, ici, tout est plus compliqué qu’en métropole : il n’existe pas de statut d’intermittent du spectacle – ni d’ailleurs d’indemnités de chômage – et les archipels ne sont éligibles que depuis deux ans aux aides du Centre national de la cinématographie (CNC). Pour faire un film, les coproductions avec la France ont longtemps été obligatoires. « La Polynésie n’existe pas sur les radars de la métropole », estime Wales Kotra. « Faire un film est beaucoup plus compliqué ici que dans n’importe quel pays d’Afrique, où les aides françaises et européennes arrivent massivement », confirme la réalisatrice Marie-Hélène Villierme.

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