Retour sur la séquence mémorielle organisée par l'Élysée ce week-end: devine qui vient dormir au Panthéon ce soir? C'est tombé sur Albert Camus. La panthéonisation, apanage du président de la République, fut gérée jusqu'à présent en bon père de famille, même si François Mitterrand eut la main lourde. Mais avec la frénésie sarkozyenne, le transfert semble devenir la continuation du marketing politique...
La droite s'est longtemps méfiée du Panthéon. Cette église érigée au sommet de la montagne Sainte-Geneviève et dédiée à la patronne de Paris en vertu d'un vœu parfaitement royal (Louis XV se l'était juré s'il réchappait d'un mal qui l'affolait en 1744), devint nécropole républicaine du fait d'une décision révolutionnaire de 1791: «Que le temple de la religion devienne le temple de la patrie, que la tombe d'un grand homme devienne l'autel de la liberté.» La réaction ne devait pas se faire attendre: le monument de Soufflot est en partie rendu au culte sous l'Empire et totalement sous la Restauration, de même que sous le Second Empire (après que la monarchie de Juillet eut rétabli le fétichisme des «grands hommes»).