Yannick Haenel riposte à Claude Lanzmann et Annette Wieviorka

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Yannick Haenel, prix Interallié 2009 pour son Jan Karski (Gallimard), apporte une réponse à ses contempteurs, Annette Wieviorka et Claude Lanzmann, qui s'en sont pris avec violence à son honnêteté, son style, son travail et sa personne. Retour sur une campagne symptomatique, menée contre un romancier incompris jugé en intrus... Explications et entretien vidéo.
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Paru fin août 2009 dans la collection «L’Infini» des éditions Gallimard, Jan Karski, de Yannick Haenel, devait être encensé par la critique, à commencer par Mediapart dès le 23 juillet 2009. Avec une maestria humble, pure et tremblée, Yannick Haenel atteignait un objectif que peut seul sous-tendre l’orgueil aussi légitime que démesuré de la littérature: ressusciter d’entre les oubliés Jan Karski (1914-2000), résistant des bords de la Vistule pris en tenaille par l’agression hitléro-stalinienne de 1939, devenu coursier du gouvernement polonais en exil (à Angers puis à Londres), témoin singulier de l’entreprise nazie de destruction des Juifs d’Europe, sur laquelle il tenta, en vain, d’alerter jusqu’à Churchill et Roosevelt.

Pour donner comme une seconde chance au message englouti dans le siphon du XXe siècle, le dispositif narratif de Yannick Haenel prend la forme d’un triptyque. Les deux premiers chapitres rendent compte du témoignage livré en 1978 par Karski pour Shoah de Claude Lanzmann, puis du livre publié dès 1944 par Karski à Boston, Story of a Secret State.

Après le dit et l’écrit du témoin, celui-ci est envisagé dans son silence. Haenel passe alors du procès-verbal à la fiction. La troisième partie prend la forme d’un recueillement récapitulatif, au soir de sa vie, du vieil homme qui a buté sur l’intransmissible. Karski roule des pensées nocturnes, traversées de vertiges spirituels: le voici «catholique juif», hanté par la mémoire de tous les morts devenus ses morts. Ce spectre incarné médite et maudit en une prose que le lecteur reçoit dans tout son tranchant transi, grâce au travail de l’écriture blanche et scrupuleuse contenue dans les deux subdivisions précédentes du roman, ainsi justifiées.

Certes, Yannick Haenel joue sur la mauvaise conscience de son lecteur, qui cette fois ne peut abandonner en route Karski, comme le fit, à la Maison Blanche, le président Roosevelt, saisi par un bâillement post-pandrial. Mais en fin de compte, cette littérature du silence, de l’indicible et de l’inavouable illustre la fragilité du bien, comme si, sous ses airs d’agneau, Yannick Haenel était un lion fait de Blanchot et de Todorov assimilés…

Le premier à chipoter, non sans rouerie talentueuse, fut un autre auteur Gallimard, Pierre Assouline, le 29 août 2009. Il fut longtemps quasiment le seul. Et c’est le même Pierre Assouline qui sonnait l’hallali médiatique, avec des mines d’observateur alléché, le 21 janvier dernier, reprenant l’antienne de la regrettée Geneviève Tabouis : attendez-vous à savoir… À quoi fallait-il s’attendre ? À une offensive wieviorko-lanzmannienne contre Yannick Haenel.

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