Le 6 décembre dernier, au cours d’une rencontre discrète avec le Medef, Stéphane Lardy, l'homme de Force ouvrière dans la négociation cruciale sur la sécurisation de l'emploi, est resté « coi » devant Dominique Tellier, le directeur général adjoint de l'organisation patronale. Très sérieusement, ce dernier lui a proposé la présidence de l’Agefiph, l’association chargée de gérer le fonds pour l'insertion professionnelle des personnes handicapées... en échange de la signature de FO.

Le syndicaliste a d’abord cru à une blague mais cela n’en était pas une. Il raconte un mois plus tard comment il s’est senti « humilié » : « Je ne mange pas de ce pain-là et FO non plus. Comment ont-ils pu croire qu’ils pouvaient nous acheter ! » Ce jour-là, il a « revu l'antique CNPF ressuscitée » (NDLR: l'ancêtre du patronat). Dans le petit microcosme du social, ces pratiques les soirs de grandes négociations ne sont pas nouvelles mais elles surprennent toujours.

À quelques jours des deux ultimes séances de tractations sur la sécurisation de l’emploi, jeudi 10 et vendredi 11 janvier au siège du Medef, les pressions vont bon train sur les syndicats y compris au sommet de l’État. « Ils nous tordent le bras pour qu’on y aille », témoigne un autre haut responsable syndical sous couvert d’anonymat, rompu aux négociations sur l’emploi. Il raconte les pressions au sommet de l’État sur les partenaires sociaux. Objectif : tout faire pour que patrons et syndicats se mettent d’accord et arrachent un compromis gagnant-gagnant en étant le plus nombreux possible au moment de la signature.