Fin de manif: quand la justice claque la police

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Petites scènes de justice, quand un tribunal se penche sur quelques arrestations à la volée en queue de cortèges. Où le président s'étonne des procès-verbaux «copiés-collés», du manque de témoignages, des procédures mal ficelées. Et où même le parquet de Paris ne s'y retrouve pas et demande la... relaxe pour des prévenus accusés de dégradations.

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5 mai au matin, XXVIIIe chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris. Le (jeune) président Aubertin souffle. Cinq secondes. Puis s’élance, dans un demi-sourire: «Après en avoir longuement délibéré, le tribunal vous relaxe…». Face à lui, deux hommes. Jonathan Landau et Pedro A. (nom d’emprunt). Deux hommes accusés par la police d’avoir participé aux échauffourées de fin de manifestation nationale, à Paris, place de la Nation, le 19 mars dernier. Deux hommes qui ont toujours nié; et les jets de bouteille et de chaise vers les CRS pour l’un, et les caillassages pour les deux, comme les dégradations d’une Citroën. Pour Mediapart, Jonathan Landau avait déjà témoigné dans un court texte. Un récit à la fois simple, accablant, banal et tellement signifiant d'une certaine nervosité ambiante du côté des forces de l’ordre. Le jeune étudiant en histoire évoquait la panique, la fuite, puis les coups reçus, visage contre terre; et les insultes: «Ça t’amuse de casser des bagnoles, enculé? Tu crois qu'y’a la bagnole de Sarkozy dans le lot, fils de pute?»
Mais à l’histoire, il fallait son épilogue. D’où, hier, le tribunal. D’où le procès. D’où les deux hommes face au juge Aubertin – 19 ans pour Jonathan Landau, la trentaine pour Pedro A., la frousse palpable pour les deux de se faire condamner. Le premier a des témoins, qui ne seront pas entendus. Un père pour le second, venu de l’autre bout du monde, qui restera silencieux. D’où, aussi, cette veste croisée à grand revers que porte Jonathan. Une veste croisée un peu trop ample.
D’emblée, le juge lit le rapport de la préfecture de police de Paris sans trop y croire. «Cette affaire est simple, dit-il. Nous avons deux procès-verbaux identiques. Un par personne… Un simple copier-coller… et encore, avec des coquilles!» Parfois, le nom de l’un des prévenus se substitue à celui de l’autre, comme à saute-mouton, comme à saute-PV. Ce soir-là, boulevard de Charonne, à Paris, Pedro A. est attablé à un café avec cinq amis. Quand il sort, il entend un policier ordonner: «Le gros, là, en pull rouge, interpellez-le!» Quand Pedro demande pourquoi, la réponse fuse: «Fermez votre gueule! Vous le saurez après.» Et quand il le saura, il sera trop tard. Direction le commissariat.

«Voilà le dossier dans l’état où il se présente !»