L'OIP dénonce la catastrophe des prisons

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L'Observatoire international des prisons dénonce une dégradation continue des conditions de détention en France. La face cachée d'une politique toujours plus sécuritaire.

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En ces temps d'hystérie répressive et d'instrumentalisation des faits divers, les lois passent, les ministres se succèdent, mais la situation continue de se dégrader dans les prisons françaises. « On se contente d'y entasser des individus, qui sont mis pour un temps à l'écart de la société. Mais on empêche, en outre, leur réinsertion en les infantilisant littéralement, quand on ne les brise pas carrément, avec des conditions de détention dégradantes. Or la plupart de ces personnes ressortiront un jour. »

Tel est le constat implacable fait ce mercredi 7 décembre par l'Observatoire international des prisons (OIP), qui présentait son rapport sur « Les conditions de détention en France » (il sera publié en janvier prochain aux éditions La Découverte).

Sur la période 2005-2011, déplore l'OIP, le durcissement continu de la politique pénale a aggravé les sanctions contre la récidive, notamment au moyen des fameuses peines plancher, ce qui a pour effet paradoxal d'envoyer plus de gens en prison pour de petits délits (vol, conduite en état d'ivresse...), sans effet notable sur le taux de récidive.

Alors que les libérations conditionnelles, bien préparées avec les éducateurs, présentent le plus faible taux de récidive, la politique actuelle consiste plutôt à faire purger l'intégralité de sa peine au condamné, ou bien à privilégier le bracelet électronique pour diminuer la surpopulation carcérale mais au détriment d'un vrai accompagnement, constate l'OIP.

Ce mouvement répressif s'est accompagné d'une augmentation parallèle du parc carcéral : le nombre de places de l'administration pénitentiaire est passé de 50.094 à 56.358, quand la population incarcérée passait de 58.288 à 60.761.

Les conditions de détention restent souvent indignes et inhumaines en France, constate l'OIP, exemples et témoignages (de détenus et de gardiens) à l'appui.

Pour ne rien arranger, la généralisation des « régimes différenciés » de détention dans les établissements, mis en place par la loi pénitentiaire de 2009, aboutit à un « fichage » et une « ségrégation » entre détenus, dénonce l'association.

Dans le même temps, alors que l'on n'a compté que onze évasions entre 2008 et 2011, et que les prisons françaises sont parmi les plus hermétiques d'Europe, le contrôle, la contrainte et les mesures de sécurité n'ont jamais été aussi omniprésents, conférant quasiment tous les droits à l'administration et n'en laissant presque aucun aux détenus.

La discipline coercitive subsiste, et se montre contre-productive.

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La section française de l'OIP a été créée en 1996; elle a pour objet de favoriser le respect et la dignité des personnes détenues.

Présenté à la presse mercredi 7 décembre (dans une salle de l'Assemblée nationale prêtée par le député PS Jean-Jacques Urvoas), le rapport de l'OIP sur les conditions de détention en France reprend le travail quotidien des membres de l'association, et synthétise la plupart des études récentes qui ont été faites (par des médecins, des chercheurs, des associations ou des parlementaires) sur la prison.

Intitulé « Les conditions de détention en France », ce document de 336 pages sera publié en janvier aux éditions La Découverte.