Un maire de Moselle interdit l’usage des flashballs sur sa commune

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Choqué par la répression du mouvement des gilets jaunes, Dany Kocher, maire de la petite ville de Phalsbourg et ancien macroniste convaincu, a pris le 8 mars un arrêté symbolique interdisant l’usage des lanceurs de balle de défense, communément appelés flashballs, sur le ban de sa petite commune de Moselle.

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Aucun gendarme n’a jamais tiré au flashball dans sa petite commune de 4 800 habitants en Moselle. Mais finissant son dernier mandat, Dany Kocher, maire de Phalsbourg depuis 1993, est exaspéré par la répression du mouvement des gilets jaunes.

Comédien de métier, ce maire, sans étiquette et déçu d’Emmanuel Macron auquel il avait donné son parrainage, a pris le 8 mars un arrêté interdisant les lanceurs de balle de défense dans sa commune de Moselle de 4 800 habitants.

Dans ce document, le maire âgé de 58 ans s’appuie sur les demandes du Commissariat des droits de l’homme du Conseil de l’Europe d’interdire le LBD, ainsi que de l’ONU d’une « enquête approfondie » sur l’« usage excessif de la force » contre les gilets jaunes en France à l’occasion des manifestations des gilets jaunes.

Bien qu’il ait été adressé au commandant de la brigade de gendarmerie de Phalsbourg, sa portée est purement symbolique. « Merci Monsieur Kocher. Enfin un politique soucieux de notre sécurité ! » ont salué les gilets jaunes de sa commune sur leur page Facebook. Entretien.

Pourquoi cet arrêté ?

Dany Kocher : Il n’a aucune portée légale et n’a provoqué aucune réaction des autorités pour l’instant. Il est symbolique pour montrer ma désapprobation des méthodes du maintien de l’ordre en France qui sont scandaleuses et dangereuses. Nous avons à Phalsbourg un noyau d’une centaine de gilets jaunes qui sont très calmes et ont une cabane en bord de rond-point.

Ils ont tenu tout l’hiver et défilent le samedi, sans aucun débordement. Mais les forces de l’ordre n’arrêtent pas de les embêter, de faire déplacer ou détruire leur cabane. L’État met une énergie disproportionnée à s’opposer à un mouvement citoyen.

La cabane a été démontée, puis reconstruite sur un terrain privé dont le propriétaire a été menacé de sanctions. Je l’ai autorisée sur un terrain communal et maintenant on me cherche des ennuis. J’ai été convoqué à la gendarmerie et risque une amende pour avoir prêté ce terrain, ainsi qu’un conteneur aux gilets jaunes pour qu’ils puissent mettre leurs affaires à l’abri.

Êtes-vous pour l’interdiction de l’usage des LBD au niveau national dans le cadre du maintien de l’ordre ?

Oui, évidemment. Aujourd’hui, il y a suffisamment de vidéos, d’enquêtes comme celle du journaliste David Dufresne pour savoir que ce ne sont pas les casseurs qui sont visés par les tirs de LBD. Les LBD sont une façon de décourager le mouvement des gilets jaunes avec des abus évidents.

Il faut rappeler au gouvernement que, dans un État de droit, il ne peut pas faire ce qu’il veut comme il veut. Le gouvernement devrait avoir conscience que ce ne sont pas des emmerdeurs qui sont dans la rue, mais des citoyens. De surcroît quand on lance un grand débat, il faut écouter avant de réprimer.

L’histoire des mouvements populaires et manifestations montre qu’il existe plein d’autres méthodes pour protéger le bien public sans utiliser des armes à feu. Nous ne sommes quand même pas dans une insurrection violente qui veut couper la tête aux élites. Il faut garder la mesure.

De quel bord politique êtes-vous ?

J’ai été invité à l’Élysée le 27 février avec les maires du Grand Est, mais j’ai décliné l’invitation et m’en suis expliqué dans une lettre. [« Maire depuis 26 ans, je n’ai jamais vécu comme ces deux dernières années une telle dégradation des relations et un tel mépris des hauts fonctionnaires à l’égard de la population et des élus locaux », y écrit-il – ndlr]. Je suis déçu de la politique du président de la République Emmanuel Macron. C’est mon dernier mandat. Le climat global de la technocratie use. J’ai adhéré au mouvement En Marche avant les élections présidentielles et législatives, puis j’ai renoncé.

Extrait de la lettre de six pages envoyées à Emmanuel Macron fin février 2019. Extrait de la lettre de six pages envoyées à Emmanuel Macron fin février 2019.

Quelles sont les principales préoccupations des gilets jaunes de votre commune ?

Contrairement à la caricature donnée, ce sont des gens qui généralement n’ont jamais fait de politique. Ça partait de la question du pouvoir d’achat et du maintien des services publics dans un territoire rural. Puis ils ont développé une réflexion très pertinente et intéressante. Pourquoi ne pas les laisser faire ? Il y a des limites dans leur organisation, le manque de profondeur ou de compétences parfois, mais une vraie appétence pour tous les sujets.

Discuter avec les gilets jaunes de votre commune a-t-il changé votre façon de gérer les affaires publiques ?

Oui et non. Dans une petite ville, on pratique déjà une forme de démocratie participative dans les dialogues au marché, au bistrot, avec les associations. On aurait pu organiser peut-être des débats thématiques. Sinon, nous avons augmenté les primes des quelque 80 agents municipaux en janvier – ce que je n’avais pas fait depuis des années, car j’ai réalisé combien cette question du pouvoir d’achat était prégnante.

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Dany Kocher est connu pour plusieurs coups d’éclat, plus ou moins heureux. En juin 2018, il s'était mis en grève de la faim pour défendre une classe de maternelle menacée de fermeture à Phalsbourg.

En février 2018, sa lettre au procureur de la République en réaction à ce qu'il considère comme la « dérive » du mouvement #MeToo avait provoqué le malaise. Il s’y accusait sur un ton se voulant humoristique d’avoir « passé (sa) vie à harceler de pauvres femmes sans défense ». Le courrier mêlait, en les mettant sur le même registre, des gamineries et des faits pénalement répréhensibles, comme des mains aux fesses qui peuvent être reconnues comme des agressions sexuelles.

Cette lettre « se voulait à l’époque résolument provocatrice eu égard à ce que je considérais comme un excès politique et médiatique autour des questions de féminisme et de harcèlements à caractère sexuel (au demeurant deux sujets différents) », assure-t-il à Mediapart aujourd'hui.