Ecureuil: les lourds secrets de l'accident financier

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On pensait connaître l'histoire des 751 millions d'euros perdus par les Caisses d'épargne en octobre 2008: elle a été présentée comme le résultat malencontreux d'une spéculation à hauts risques d'un jeune trader. Or Mediapart apporte la preuve, documents confidentiels à l'appui, que c'est bien plutôt la conséquence d'un désastre annoncé de longuedate, tant les dysfonctionnements de la chaîne hiérarchique étaient anciens et graves. Témoin cette mise en garde du directeur des risques du groupe, huit mois avant cette perte historique: « Si quelqu'un (...) voulaitcacher une perte de trading aujourd'hui, il pourrait le faire sans quela direction des risques Groupe (...) puisse s'en apercevoir avant uncertain temps. (...) Dans le contexte actuel, on joue avec le feu. » Nul n'a voulu entendre l'alerte et son auteur a été licencié. Enquête.

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La direction des risques est un organisme peu connu du grand public, mais décisif dans la vie d'une banque. C'est le lieu privilégié où les informations confidentielles sont centralisées ; où les positions prises sur les marchés financiers sont centralisées, les investissements recensés. C'est en quelque sorte la vigie de la banque qui doit alerter le directoire et le président de la banque sur un dysfonctionnement non détecté ; et dialoguer avec la Banque de France et la Commission bancaire, qui a la tutelle sur tous les établissements financiers. Dans des métiers à hauts risques, ceux de l'argent, où les tentations sont nombreuses, où les prises de risques peuvent être inconsidérées, la direction des risques a donc une fonction cruciale : c'est elle qui doit veiller sans cesse à ce que les procédures internes soient respectées et plus encore la réglementation bancaire qui découle des lois et qui s'impose à toute la profession.