A deux semaines du scrutin, Macron passe la vitesse supérieure

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Dramatisation des enjeux et multiplication des mises en garde : à deux semaines des élections européennes, Emmanuel Macron passe la vitesse supérieure face au Rassemblement national (RN), mettant en avant les "conséquences très graves" d'une victoire des partis nationalistes dans une Europe "en risque".
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PARIS (Reuters) - Dramatisation des enjeux et multiplication des mises en garde : à deux semaines des élections européennes, Emmanuel Macron passe la vitesse supérieure face au Rassemblement national (RN), mettant en avant les "conséquences très graves" d'une victoire des partis nationalistes dans une Europe "en risque".

Après une prise de parole très remarquée au sommet européen de Sibiu jeudi, le chef de l'Etat entend s'"impliquer encore davantage" dans les jours et semaines qui viennent, selon une forme et un calendrier qui restent à déterminer, a indiqué vendredi un proche d'Emmanuel Macron.

"Le président ne peut pas ne pas s'impliquer d'une façon ou d'une autre", a-t-il indiqué lors d'une rencontre avec l'association de la presse présidentielle. Le scrutin, "ce n'est pas simplement l'élection de X ou Y députés européens."

"Si on loupe ce moment, on perd un élément d'influence (...) pour des mois voire des années, donc on ne peut pas se permettre de considérer que c'est un moment ordinaire", a-t-il ajouté. "Les nationalistes eux l'ont compris, leur objectif est de créer un grand groupe uni, c'est un vrai danger."

Sans capacité de rassemblement, "ce qui se passe aux élections nationales (dans certains pays) pourrait se passer au Parlement européen avec des conséquences très graves et le signal serait aussi très négatif", a-t-elle mis en garde.

"PRENDRE CONSCIENCE DES ENJEUX"

Reste à savoir quelle forme prendra cette "implication" du chef de l'Etat ,qui a fait de la relance européenne un pilier de sa politique et dont l'arrivée au pouvoir en 2017 avait suscité une vague d'espoir chez de nombreux dirigeants européens.

Jusqu'à cette semaine, Emmanuel Macron était resté relativement à l'écart de la campagne européenne depuis la publication début mars de sa tribune "pour une renaissance de l'Europe", laissant la tête de liste de son parti, La République en marche (LaRem), Nathalie Loiseau, monter en première ligne.

Mais les "maladresses" commises - de son propre aveu - par l'ancienne ministre des Affaires européennes, dont la liste est au coude-à-coude dans les sondages avec celle du Rassemblement national, avec un peu plus de 20% des intentions de vote, semblent avoir incité le chef de l'Etat à entrer en campagne.

Après une visite aux candidats LaRem mardi, Emmanuel Macron a assuré jeudi qu'il mettrait "toute (s)on énergie" pour empêcher que le RN arrive en tête du scrutin.

A l'heure où l'Europe est "en risque", il "faut que chacun ait conscience des enjeux", explique-t-on à l'Elysée. "Ceux qui condamnent l'Europe prétendent avoir aujourd'hui un projet politique européen, mais ce projet est une façade de projet".

"Les propositions de Marine Le Pen ou de Matteo Salvini sont telles qu'on ne peut pas parler d'un projet, ce serait une grande illusion de le croire", insiste-t-on.

"BONNE NOUVELLE" ESTIME RN

Le Rassemblement national salue paradoxalement l'entrée en campagne d'Emmanuel Macron, à l'image du directeur de campagne Steeve Briois, pour qui l'implication personnelle du chef de l'Etat est "très bonne nouvelle".

"Tant mieux puisqu'il transformera cette élection en un référendum" pour ou contre lui, a-t-il dit à Reuters. "Je pense qu'il mobilisera toute une partie des Français qui ne peuvent plus le supporter et il y aura un vote utile le 26 mai."

"Notre stratégie, c'est de dire aussi 'si vous voulez arrêter ou stopper la politique menée par Emmanuel Macron, le 26 mai, votez utile, votez pour notre liste, qui est la plus à même de pouvoir le stopper'", a-t-il ajouté.

L'ex-Front national en vient même à juger qu'Emmanuel Macron devra "partir" en cas de défaite de LaRem, comme l'a dit Marine Le Pen jeudi sur franceinfo en invoquant l'exemple du général De Gaulle qui a quitté le pouvoir après un référendum perdu.

Au contraire, le retour de la fracture entre nationalistes et progressistes autoproclamés est vue d'un mauvais oeil dans les rangs des Républicains (LR) où l'on essaie de desserrer l'étau entre le camp présidentiel et l'extrême droite.

"On est pour l'Europe, on n'aurait pas d'autre choix que la liste de Madame (Nathalie) Loiseau, on est contre l'Europe, nous serions condamnés!", a ironisé le président du Sénat Gérard Larcher sur France Inter, estimant que la liste de l'union de la droite et du centre conduite par François-Xavier Bellamy "est en train de nous faire une proposition alternative".

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