Une membre du comité de soutien aux "9 de Tarnac": «Un flic me braque directement un flingue sur la tête»

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Arrêtée dans sa voiture fin avril, une responsable parisienne du comité de soutien aux «9 de Tarnac» raconte en vidéo pour Mediapart les conditions – violentes – de son interpellation. Et l'analyse qu'elle fait de «ce qui nous arrive»: «Le dispositif anti-terroriste peut fonctionner très bien tout seul.» Lire également les derniers rebondissements de l'enquête et la situation judicaire de Julien Coupat.
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Tessa Polak a 36 ans. Et «la rage». Tessa Polak est membre du comité de soutien parisien aux «Neuf de Tarnac». Pour Mediapart, elle a accepté de parler. Parce que, dit-elle, «c’est une manière de répondre politiquement à ce qui nous arrive». Ce qui lui arrive à elle, c’est une arrestation en pleine rue, d’une violence rare, le 28 avril dernier, dans le XXe arrondissement de Paris. «Arrivée à hauteur de chez moi, je vois une dizaine de mecs surarmés qui se jettent sur ma voiture, et l’un d’eux me braque directement un flingue sur la tête. Il me l’a pointé sur la tempe. Il me l’a pratiquement entré dans le cerveau…»

 

 

Son avocate, Irène Terrel, ramasse la scène en une phrase : «C’est Mesrine, moins les balles.» Et Tessa Polak n’est pas non plus Mesrine. Bien sûr, la jeune femme est une militante, bien sûr elle est une photographe engagée, une silhouette fine qu’on retrouve dans bien des manifestations. Elle est aussi une amie de ceux de la ferme du Goutailloux de Tarnac. «J’y suis allée deux fois», dit-elle. Mais c’est tout. Rien qui justifie une telle débauche d’armes et de cris, là où une simple convocation aurait pu suffire. Elle ressortira d’ailleurs libre des 72 heures de garde à vue.
Alors, devant un petit square parisien, la semaine dernière, elle consent à parler. Parce que «la rage», parce qu’il faut tenter d’«être à la hauteur» des événements. D’abord, l’arrestation. «La première chose à laquelle j’ai pensé, c’est un car-jacking. Ensuite, à un film. Et après, j’ai demandé “qu’est-ce qui se passe ?” J’entendais hurler, hurler… “Tu sais très bien pourquoi ! terroriste! terroriste!”» A ses côtés dans la voiture, Benjamin Rosoux, l’un des mis en examen dans cette affaire (qui sur son blog, à Mediapart, avait immédiatement témoigné de la violence de l’interpellation., cf. onglet Prolonger). Et dans le coffre, des centaines d’exemplaires de L'Insurrection qui vient, ouvrage attribué à Julien Coupat and Co., que la militante était allée chercher la veille chez l’éditeur en vue d’une opération de mobilisation des comités de soutien dans toute la France. Rappelons que le livre en question est en vente libre depuis mars 2007, téléchargeable gratuitement sur Internet, qu’il a été versé intégralement au dossier d'instruction et qu’enfin, son éditeur, Eric Hazan, a passé à son sujet plus de trois heures dans les locaux de la Sdat, le 9 avril dernier.

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Cette entrevue a été réalisée le 6 mai dernier, quelque part dans le centre de Paris. Elle a duré près de quarante-cinq minutes.