Sans-abri: débattre pour rebattre les cartes

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Le collectif Les Morts de la rue organise mercredi au Panthéon une cérémonie en hommage aux 253 sans-abri décédés depuis le mois de novembre. «Chaque homme est grand», rappelle le collectif. A cette occasion, Mediapart révèle quelques statistiques surprenantes sur les causes de ces morts. Et lance un débat sur les politiques publiques censées combattre un mal qui ne faiblit pas.
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Le combat pour les sans-abri est un combat contre le silence. Nous sommes en mai, l'hiver est passé, et les SDF ont disparu du paysage médiatique. Un sans-abri meurt de froid dans notre société? C'est un scandale. Un sans-abri meurt tout court? Ce n'est même pas un fait divers. C'est bien connu, s'agissant des sans-abri, il n'est de compassion que pour les faits d'hiver.

 

Toute l'année, le collectif Les Morts de la rue tente pourtant de porter sur la place publique les problématiques de l'hébergement et de la réinsertion. Ce mercredi 13 mai, comme tous les six mois, le collectif organise une cérémonie en hommage à toutes les personnes mortes de la rue. Cette fois-ci, c'est au Panthéon, temple des Grands Hommes, que va se dérouler une cérémonie rappelant que: «Chaque homme est grand». Les noms des 253 SDF décédés dans toute la France depuis novembre seront lus, dans la dignité, suivis de quelques précisions – quand le collectif en dispose – sur les personnes et les circonstances de leur mort.

 

 

Ce sont ces mêmes noms que Mediapart publie chaque vendredi en une du site, dans l'édition Vivre à la rue tue. Pas pour faire pleurer dans les chaumières. Mais pour susciter un débat. Comment se fait-il que la France ne parvienne pas à endiguer le sans-abrisme? Que sait-on des personnes censées se réinsérer dans les centres d'hébergement? Pourquoi manquons-nous tellement de données? Autant de questions sans réponse. A force de collecter tant bien que mal, et sans l'aide de l'Etat qui s'y refuse, des données sur les sans-abri qui meurent, les Morts de la rue sont parvenus à établir quelques statistiques, à considérer toutefois avec beaucoup de prudence puisque, encore une fois, aucune étude officielle n'existe.

 

Les Morts de la rue, qui n'ont pas de relais dans toutes les villes de France, ont déjà dénombré en 2008 en France 387 décès. Soit, en moyenne, plus d'un par jour. Le nombre de morts de la rue recensés a augmenté de 150% en trois ans, sans qu'il soit possible de déterminer dans quelle mesure pèse le meilleur maillage du territoire par le collectif.

 

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L'étude du collectif nous apprend aussi que, dans la rue, on meurt en moyenne à l'âge de 48 ans. 84% sont victimes de morts violentes: des suites d'une agression (11%), de brûlures (11%), d'accidents (8%), d'un suicide (8%) Seuls 8% sont morts de froid.

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