Karachi: l'UMP fait obstruction au juge Trévidic

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Le juge qui enquête sur l'affaire de Karachi s'est vu refuser à deux reprises par Guy Teissier, président UMP de la commission de la défense, la communication de documents. Mediapart s'est procuré les courriers échangés. Ils donnent la mesure de la volonté du pouvoir d'empêcher cette enquête de progresser.

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En dénonçant à l'Assemblée nationale, mercredi, l'attitude de l'exécutif dans la gestion de l'affaire de Karachi, le député et maire (PS) de Cherbourg, Bernard Cazeneuve, ne pensait pas seulement à l'appel formé par le parquet de Paris contre la décision du juge d'instruction du pôle financier Renaud Van Ruymbeke d'instruire le volet «corruption» de ce dossier. C'est le volet le plus sensible, car susceptible d'impliquer Nicolas Sarkozy.

B. Cazeneuve © DR B. Cazeneuve © DR
L'élu socialiste, à qui cette histoire tient tant à cœur (les victimes françaises de l'attentat commis au Pakistan le 8 mai 2002 étaient, en tant que salariées de la DCN, pour l'essentiel originaires de Cherbourg), avait sans doute aussi en tête l'affrontement que se livrent, en coulisse, un député UMP et un autre juge d'instruction, Marc Trévidic, chargé lui du versant terroriste de l'affaire.

Ce dernier réclame en vain depuis cet été la communication du contenu des auditions réalisées par la mission parlementaire d'information sur l'attentat de Karachi, présidée par Yves Fromion (député UMP du Cher), qui fut lui-même en guerre ouverte avec son rapporteur, Bernard Cazeneuve.

La mission avait rendu son rapport final le 12 mai dernier. Mediapart s'est procuré les courriers qu'ont échangés ces dernières semaines Guy Teissier, président de la commission de la défense à l'Assemblée, et le juge Trévidic (voir ci-dessous). Ils permettent de prendre la mesure de l'incroyable bras de fer dans lequel se sont engagés le député UMP et le magistrat antiterroriste. Et ils résument jusqu'à la caricature la volonté du pouvoir d'entraver le travail des juges.

A travers certaines réponses de M. Trévidic, dont on mesure l'agacement croissant, il est permis de s'interroger sur les conséquences qu'il entend tirer de la fin de non-recevoir que lui oppose M. Teissier.

Tout a commencé par une première lettre, adressée le 9 juin dernier par le juge Trévidic à Yves Fromion, président de la mission d'information sur Karachi, afin d'obtenir les verbatim des auditions réalisées par les députés dans le cadre de leurs investigations.

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