Annie Ernaux: «Où est la sororité ?»

Dans une tribune publiée dans Libération, l’écrivaine Annie Ernaux s’interroge sur la polémique sur le hijab de course : « Comment nous, femmes féministes, qui avons réclamé le droit à disposer de notre corps, qui avons lutté et qui luttons toujours pour décider librement de notre vie pouvons-nous dénier le droit à d’autres femmes de choisir la leur ? »

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Dans une tribune publiée dans Libération, Annie Ernaux revient sur la polémique sur le hijab de course destiné aux filles et femmes musulmanes que Decathlon avait choisi de commercialiser, avant de renoncer, face aux flots de mails haineux et de menaces physiques à l’égard de ses vendeurs.

L’écrivaine note que si certains ont souligné la liberté d’une entreprise privée de vendre ce qu’elle veut et rappelé que c’est l’État qui est laïque et non pas les individus, « il n’a pas été fait mention de cette violence infligée, une nouvelle fois, à une partie des femmes qui vivent, travaillent, étudient sur le sol français, qui sont une composante de notre société ».

« Tout se passe comme s’il n’y avait personne sous le “voile”, pas d’être humain capable de réfléchir, de sentir, et de s’exprimer. La femme comme individu disparaît », écrit-elle encore, avant de s’interroger : « Pourquoi refuser d’accorder aux individus un droit qui ne retire rien aux autres ? Comment nous, femmes féministes, qui avons réclamé le droit à disposer de notre corps, qui avons lutté et qui luttons toujours pour décider librement de notre vie pouvons-nous dénier le droit à d’autres femmes de choisir la leur ? Où est la sororité qui a permis, par exemple, la fulgurante expansion du mouvement #MeToo ? »

Et de constater que « l’empathie, la solidarité cessent dès qu’il s’agit des musulmanes en hijab ». « Elles sont le continent noir du féminisme, souligne Annie Ernaux. Ou plutôt d’un certain féminisme qui fait la guerre à d’autres femmes au nom d’une laïcité devenue le mantra d’un dogme qui dispense de toute autre considération. »

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