Mercier (CGT): «Les salariés d'Aulnay ne peuvent compter que sur eux»

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François Hollande doit recevoir jeudi une délégation de salariés de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois. Pour Jean-Pierre Mercier, délégué CGT, rien n'interdit au gouvernement d'exiger de PSA le maintien en activité du site. Mais, selon lui, les salariés doivent s'organiser eux-mêmes.

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Jeudi 20 septembre, François Hollande recevra une délégation de salariés de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois dont la fermeture vient d’être entérinée par le rapport Sartorius remis au ministre Arnaud Montebourg et par le président de la République lui-même. À Aulnay, 3 000 salariés sont menacés, 5 000 autres le sont en France.

La CGT, par la voix de son délégué central présent dans l’usine d’Aulnay, Jean-Pierre Mercier, reste catégorique : non à la fermeture de l'usine d'Aulnay-sous-Bois, « c'est non négociable ». Sans trop y croire, le syndicaliste espère que François Hollande accédera à cette revendication qui a été votée en assemblée générale des ouvriers. La délégation réclamera également la mise sur pied d’une négociation tripartite entre salariés, direction et l’État.

Avec 35 % lors des dernières élections professionnelles, la CGT manque de peu d'être le premier syndicat d’Aulnay. Il est arrivé juste derrière le Syndicat indépendant de l’automobile (SIA, le syndicat maison), qui participera à sa première assemblée générale, mercredi 19 septembre, aux côtés de la CGT de Jean-Pierre Mercier.

Militant syndical depuis dix ans, et à Lutte ouvrière depuis qu’il a 18 ans, Jean-Pierre Mercier, ouvrier cariste, est et sera en première ligne de la « bagarre » au long cours qu’il compte mener contre la direction de PSA. Car, du rendez-vous avec François Hollande, il n’attend pas des miracles. Pour le syndicaliste, la seule manière de se faire entendre par le gouvernement pour qu’à son tour, il fasse plier PSA, c'est d’instaurer, par la lutte des salariés, un rapport de force à leur avantage.

Jean-Pierre Mercier, juillet 2012 © Ellen Salvi Jean-Pierre Mercier, juillet 2012 © Ellen Salvi
Qu’allez-vous demander à François Hollande ?

Nous, ce que nous voulons, c’est bloquer le PSE (Plan de sauvegarde de l’emploi). Nous l’avons bloqué pendant trois mois en demandant un autre rapport. Ce que nous demandons au gouvernement, c’est de le bloquer définitivement ou au moins de le suspendre, le temps qu’un processus de négociation tripartite démarre. Car, nous ne pouvons pas négocier le couteau sous la gorge.
Dans cet accord, ce que nous voulons imposer à PSA, c’est d’obtenir le maximum de garanties pour maintenir tous les emplois. L’objectif numéro un, c’est personne à Pôle emploi.

Nous voulons aboutir à un accord en bonne et due forme entre la direction centrale, les syndicats de PSA Aulnay, pas les centraux, pas les fédéraux – et nous tenons à cela énormément – et l’État. La CGT veut que ce soit ceux d’Aulnay qui aillent négocier pour Aulnay. Ce seront ceux que les salariés auront désignés qui iront négocier pour eux, personne d’autre. Nous l’avons dit à Peugeot, je l’ai dit à Montebourg et nous le redirons jeudi à François Hollande.

Il faut que ce soit des gars qu’on connaît, à qui on pourra faire confiance et contre qui on pourra se retourner si jamais ils ne sont pas bons dans la négociation. C’est une garantie de contrôle de tous, sur ce qui va se dire, se négocier. Car ils vont revenir à l’usine, ils ne pourront pas se défiler.

Peugeot nous a déjà fait le coup de négocier des accords d’entreprise avec les délégués centraux qu'on ne connaît pas et qu’on ne connaîtra jamais. Moi je suis délégué central, mais étant sur Aulnay, les salariés me connaissent mais pour ce qui des autres syndicats, on ne connaît personne.

Que pourrait faire l’Élysée face à une multinationale comme Peugeot ?

Il n’y a aucun obstacle juridique pour que l’État intervienne directement dans les affaires d’une entreprise privée comme Peugeot. Les pouvoirs publics ont demandé, pour des raisons politiques, que Peugeot cesse de vendre des voitures en Iran qui est son deuxième marché avec 450 000 véhicules derrière la France. Si l’État sait intervenir directement dans le domaine commercial, pourquoi il ne pourrait pas intervenir dans le domaine social, en interdisant ces licenciements ? La Constitution ne l’interdit pas.

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L'interview a été réalisée à Bagnolet le 17 septembre 2012.