Etat d'urgence, état d'exception Reportage

Etat d'urgence: à l’Assemblée, le temps des faucons

« Pas de juridisme, avançons ! », a lancé Manuel Valls aux députés. L’Assemblée a voté la prolongation de l’état d'urgence pour trois mois, par 551 voix contre 6 (et une abstention). Au nom de l’« union nationale », la droite a largement influencé le texte, et ricane : « La gauche s’est radicalisée ! »

Mathieu Magnaudeix

19 novembre 2015 à 21h34

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Philippe Gosselin, député LR (ex-UMP) de la Manche, est le prototype du député réactionnaire : sécuritaire, à droite toute, en tête des « Manif pour tous ». Mais comme il sait arrondir les angles, c’est lui qui a été chargé de donner une autre image de l’opposition.
La veille, mardi, lors des questions au gouvernement, les têtes de liste LR aux élections régionales s’étaient lâchées. En retour, elles avaient récolté une avalanche de réactions outrées. Mercredi, Gosselin s’est confondu en excuses. « On est désolé de cette image, c’était vraiment pas le but du jeu. » Toute la journée, il a martelé les éléments de langage de la droite. « Nous avons gagné la bataille culturelle. Quelle révolution en quatre jours! Le gouvernement est venu sur nos positions. Il n’y a plus que quelques dissidents (sic) à gauche. Mais la dissidence est extrêmement limitée. »
Difficile de lui donner tort : après la tuerie de vendredi, au lendemain de l’assaut à Saint-Denis où la tête pensante de l’attaque a été tuée, l’Assemblée nationale a modifié jeudi 19 novembre le texte encadrant la loi de 1955 sur l’état d’urgence. Elle l’a aussi étendu pour trois mois, jusqu’au 26 février 2016. « La loi doit être adaptée à notre temps et à la réalité des menaces », a plaidé Manuel Valls. Le débat a été suivi d’un vote aux allures de plébiscite : 551 voix, 6 votes contre – les socialistes Pouria Amirshahi, Barbara Romagnan, Gérard Sebaoun et les écologistes Noël Mamère, Sergio Coronado, Isabelle Attard. Plus une abstention, la socialiste Fanélie Carrey-Conte (cliquer sur leurs noms pour lire leurs explications). « Banaliser le tout sécuritaire ne fait que banaliser la peur », a lancé Noël Mamère jeudi matin, à peine applaudi.

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