«Il n’y a pas d’homogénéisation territoriale du vote FN»

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La très forte poussée du FN entre les régionales de 2010 et celles de 2015 s’est manifestée dans tout le pays, mais elle est encore plus importante dans les régions où le parti de Marine Le Pen était déjà bien implanté. C’est ce que démontre notre analyse comparative des deux élections, commentée par le chercheur Joël Gombin.

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La poussée historique du Front national lors des élections des 6 et 13 décembre s’est manifestée dans toute la France métropolitaine (sauf la Corse), mais elle est plus forte dans les régions où le FN était déjà bien implanté. Pour le démontrer, Mediapart a comparé les scores du parti frontiste aux régionales de 2010 et à celles de 2015. Il en ressort un clivage géographique de plus en plus prononcé entre les régions où le vote FN est élevé de longue date et celles où il a augmenté plus récemment. Pour le chercheur Joël Gombin, spécialiste des électorats FN, même si le parti de Marine Le Pen « atteint des niveaux importants partout »« il n'y a pas réellement de nationalisation (au sens d'homogénéisation) du vote FN ».

Entre le premier tour des élections régionales de 2010 et celui de 2015, le vote pour le Front national est passé, à l’échelle nationale, de 11,42 % à 27,73 %. Cette augmentation de 16,31 % a amené les listes FN en tête dans 6 des 13 nouvelles régions. Si l’on projette le scrutin de 2015 sur l’ancien découpage, afin de comparer les résultats des deux scrutins, le FN arrive premier dans 11 des 22 régions de 2015. En 2010, la liste FN n’était arrivée en tête dans aucune des 22 régions, et son plus haut niveau, avec les 20,30 % de Jean-Marie Le Pen en PACA, était largement en dessous de celui du socialiste Michel Vauzelle comme de l’UMP Thierry Mariani.

Cette progression suit une géographie remarquablement stable. Les six nouvelles régions qui ont le plus voté FN en 2015 correspondent à dix régions de 2010, mais aussi aux régions où des accords entre droite et extrême droite avaient été tentés ou réussis en 1998 : Alsace, Champagne-Ardenne, Bourgogne, Centre, Franche-Comté, Languedoc-Roussillon, Lorraine, Midi-Pyrénées, Nord-Pas-de-Calais, Picardie. Huit d’entre elles étaient, en 2010, parmi les dix régions qui avaient le plus voté FN. Les deux exceptions sont d’une part le Centre, où le vote FN en 2010 était très légèrement en dessous du niveau national, mais a connu l’une des plus fortes progressions dans les cinq ans ; d’autre part Midi-Pyrénées, qui aurait placé la liste socialiste en tête si elle n’avait pas été regroupée avec Languedoc-Roussillon.

À l’inverse, sur les dix régions qui ont le plus voté FN en 2010, neuf se retrouvent parmi les plus hauts niveaux de vote Front national en 2015. La seule exception est Rhône-Alpes, où le vote FN avait atteint 14 % en 2010 et se retrouve à un point en dessous de la moyenne nationale en 2015.

La Haute-Normandie, qui était en 2010 au onzième rang des régions pour le vote FN, se trouve toujours à cette onzième place, et aurait amené la liste FN en tête si elle n’avait pas été regroupée avec la Basse-Normandie, laquelle a mis la liste union de la droite d’Hervé Morin devant celle du Front national Nicolas Bay.

Résultats des votes Front national - Premiers tours 2010 et 2015 © Mediapart

Progression des votes Front national entre 2010 et 2015 © Mediapart

En résumé, les douze régions « anciennes » qui ont le plus voté FN aux régionales de 2015 sont les mêmes qu’en 2010, et elles concentrent près des deux tiers des voix obtenues par le parti de Marine Le Pen. Et onze de ces douze régions sont aussi celles où le vote Front national a le plus progressé en cinq ans, augmentant de 18 % ou plus. En Picardie, le vote FN a augmenté de 26,34 % et en Languedoc-Roussillon (sans Midi-Pyrénées), de 25,24 %. Il a progressé de plus de 20 % en PACA, Nord-Pas-de-Calais, Lorraine, et de presque 20 % en Franche-Comté. Le Centre, l’Alsace et la Bourgogne voient aussi de très fortes augmentations du vote FN.

En revanche, dans les régions qui ont moins voté FN, l’augmentation du vote frontiste est inférieure à la moyenne nationale. Il n’y a plus aucune région où le FN soit faible – ses scores les plus bas sont autour de 18 % en Bretagne et en Île-de-France, à part le cas particulier de la Corse où il est à 10 %. Mais la poussée du parti de Marine Le Pen ne s’est pas faite de manière homogène sur l’ensemble du pays : le contraste a augmenté entre les régions à fort vote FN et celles où ce parti est moins présent.

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