Tahiti subit la double peine des essais nucléaires

Par Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin

François Hollande se rend à Tahiti le 22 février. Cinquante ans après le premier essai nucléaire, en 1966, la Polynésie française en paye toujours les conséquences sociales et environnementales. Et tout ce que la France peut faire, « c’est donner un peu d’argent pour conforter encore plus le système de dépendance ».

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Papeete (Tahiti), envoyés spéciaux.- Un vent léger venu du large fait bruisser les arbres fruitiers qui entourent la maison de Marie-Noëlle Epetahui, sur Tahiti Iti, la presqu’île rattachée par l’isthme de Taravao à Tahiti Nui, la grande île. « Les femmes m'appellent de jour comme de nuit, quand elles se font frapper. Ma porte est toujours ouverte. » À une cinquantaine de kilomètres de Papeete, la responsable de l’antenne locale de l'association Vahine Orama (« Femme debout ») accueille chaque année sous toit plusieurs centaines de victimes de violence domestique. « Les coups ont toujours existé mais ils sont de plus en plus nombreux. La société polynésienne est en profonde mutation, les structures traditionnelles sont en train de disparaître », explique-t-elle. Depuis l’arrêt des essais nucléaires du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP), en 1996, le travail se fait rare en Polynésie. L'alcool et le paka, la marijuana locale, forment un cocktail détonnant qui prospère avec la misère, ainsi que le raconte admirablement l’écrivaine polynésienne Chantal Spitz dans ses Cartes postales. « La famille a toujours été la base de la société polynésienne, mais elle est en crise. Beaucoup de femmes se retrouvent seules avec leurs enfants, alors que le chômage atteint des taux records. Les hommes ne vont plus à la pêche. Pour beaucoup, le passage à la société de consommation est bien amer », renchérit Elizabeth Hermant, qui milite aussi à Vahine Orama, mais dans l’île voisine de Moorea.