Les polices municipales pourront s'équiper de pistolets électriques Taser dès cet été

L'association Raid H, très en pointe dans le combat anti-Taser, vient de rendre publique une lettre signée de la main de la ministre de l'intérieur, Michèle Alliot-Marie, qui annonce la possibilité pour les polices municipales de s'équiper dès «l'été 2008» de ces pistolets à impulsion électrique qui défrayent la chronique aux Etats-Unis comme en France.

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Joli coup pour l'association Raid H (Réseau d'alerte pour les droits de l'Homme). Elle vient de révéler sur son site un courrier de la ministre de l'intérieur, Michèle Alliot-Marie, en date du 13 mai 2008, annonçant qu'un décret «sera prochainement présenté au Conseil d'Etat» visant à autoriser les polices municipales à utiliser le Taser (pistolet à impulsion électrique). Taser, jusqu'ici en France, équipait exclusivement la police nationale et la gendarmerie.

Le scoop réside dans la date: la ministre souhaite que le décret, déjà rédigé, soit en œuvre «à l'été 2008». Jusqu'ici, seule la volonté ministérielle était connue. Pas ses modalités. Elle avait été notamment éventée lors d'un colloque au Sénat, le 16 avril. Maintenant, on sait quand. Et on sait pourquoi. Il suffit de lire la lettre (recto, verso):

Potentiellement, ce sont donc 17.000 policiers municipaux qui pourraient se doter du Taser, au moment même où la polémique fait rage entre pro et anti, des deux côtés de l'Atlantique. Jusqu'ici, cette arme ne leur était pas permise. Bien que, comme le souligne Michèle Alliot-Marie dans sa missive à l'ONG, «les textes en vigueur leur permettant, il convient de le rappeler, de disposer d'armes à feu». Encore que.

Selon l'association, différents préfets auraient exigé par le passé de maires s'étant illégalement équipés le retrait du Taser. Motif: «le caractère non approprié de l'utilisation de telles armes dans des missions de surveillance des voies et lieux publics» (surveillance qui reste tout de même la mission centrale des polices municipales).

Pour Raid H, l'annonce d'un équipement Taser des polices municipales est de bien mauvais augure. L'association dit qu'elle «saura se rappeler aux bons souvenirs de la ministre et ses services en cas d’abus manifestes de cette arme dont la généralisation constitue un retour à des pratiques d’un autre temps». Mardi, Raid H assistait à un débat sur le sujet au Sénat, «devant un hémicycle vide»...

A l'inverse, pour SMP Technologies, la société parisienne qui commercialise le Taser en France, c'est jour de fête. Et en ce moment, c'est plutôt rare.

Depuis quelques jours, l'entreprise est en effet dans la tourmente. Ainsi, vendredi dernier, lorsque le leader de la LCR a été entendu par la police suite à sa plainte pour «atteinte à la vie privée». Selon L'Express, Olivier Besancenot a été filé pendant plusieurs mois. Cette surveillance aurait pu trouver «son origine dans le contentieux opposant Olivier Besancenot à la société SMP Technologies», qui dément toute implication.

Le premier reproche au pistolet de la marque est d'avoir été impliqué dans la mort de plus de cent cinquante personnes dans le monde. Depuis, SMP Technologies a attaqué L'Express. Et le parquet de Paris suit l'affaire de près.

Quoi qu'il en soit, une étape majeure dans le différend Besancenot/SMP Technologies vient d'être fixée: le 20 octobre doit s'ouvrir un procès en diffamation pour départager les deux parties. Quant à Raid H, également assignée en justice par SMP Technologies, cette lettre du ministère de l'intérieur sonne comme une reconnaissance, en creux, de son travail.

David Dufresne

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