Chez Emmaüs, des chiffonniers… recyclés!

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Les compagnons d'Emmaüs ont dû réduire leur activité de recyclage des déchets après la création en 2007 de l'écocontribution, une taxe sur les téléviseurs, les ordinateurs et autres appareils usagés. Reportage vidéo à Angers.
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A la lisière d'Angers, c'est une ruche industrieuse, un ville d'entrepôts, d'ateliers, de hangars, de soudeurs, de menuisiers, de mécaniciens et de couturières: la communauté Emmaüs. Y vivent une quarantaine de compagnons, de tous âges et de toutes origines géographiques. Tous ne parlent pas français. Ils passent là quelques années ou la fin d'une vie. Vivent en studios individuels et mangent tous ensemble le midi. Des bénévoles se mêlent à eux, partagent un repas, tiennent les ventes des objets réparés: vélos, meubles, jouets, frigos, téléviseurs, vêtements, tableaux, horloge, lampes, maquettes de bateaux, instruments de musique... C'est l'activité traditionnelle de l'association, et encore aujourd'hui, sa principale source de revenus.

Mais le point fort de la petite économie de la communauté angevine, c'est le recyclage. Il y a huit ans, elle a ouvert une «recyclerie», forme améliorée de déchetterie, où les déchets déposés sont triés et réutilisés par les compagnons. Une partie est revendue aux ferrailleurs ou collecteurs de déchets toxiques. Une autre sert à fabriquer ou réparer d'autres biens. Pour Jean Rousseau, responsable de la communauté d'Angers, et président d'Emmaüs International, c'est un succès car l'agglomération a, grâce à eux, réussi à réduire sa production de déchets. Une réussite écologique, en plus de l'impact social de cette petite entreprise solidaire. Le recyclage reste marginal dans le chiffre d'affaires des communautés, mais à Angers, il est un peu plus élevé qu'ailleurs, autour de 5,6% – le reste provient de la vente d'objets réparés.

Cette économie vertueuse fut pourtant bouleversée par la création de l'«écocontribution», une taxe sur les téléviseurs, les ordinateurs et autres appareils usagés. Instaurée il y a un peu plus de trois ans, cette vignette écologique a permis l'essor d'une filière de recyclage des biens électriques et électroniques. Problème: ce sont des marchés publics, régis par les strictes règles de l'appel d'offres. Veolia, Suez et les autres grandes entreprises de la propreté s'y adaptent sans problème. Mais pas les communautés Emmaüs, qui perdent alors une grande partie des recettes qu'elles tiraient du désossage des ordinateurs, comme l'explique Jean Rousseau dans le reportage que Mediapart a tourné à Angers (à regarder ci-dessus).

A en croire certains experts, la croissance verte devrait bénéficier à l'économie sociale et solidaire. Comme on le voit dans l'exemple des communautés Emmaüs, plutôt passé inaperçu alors que l'écocontribution poursuit son développement, ce n'est pas toujours le cas.

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J'ai rencontré Jean Rousseau à l'occasion d'une table ronde que j'ai co-animée avec David Eloy pour la revue Altermondes sur le thème «Comment passer d'une société de l'abondance à une société de la sobriété?». C'est une discussion avec lui en aparté qui m'a donné l'idée de faire un reportage dans la communauté dont il s'occupe à Angers.