Les largesses de TF1 pour Nicolas Sarkozy

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Le temps de parole du chef de l'Etat est désormais compté. Depuis le 1er septembre 2009, le CSA impose des règles inédites en la matière. Or, d'après les calculs de Mediapart, TF1 ne les a pas respectées en septembre (seul mois dont les données sont disponibles). Le chef de l'Etat aurait-il antenne ouverte sur la chaîne de Martin Bouygues?

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Lundi 25 janvier, TF1 s'est mobilisée pour Nicolas Sarkozy: le chef de l'Etat a d'abord disposé de 20 minutes d'antenne dans le JT de Laurence Ferrari, puis de presque deux heures de «table ronde» avec Jean-Pierre Pernaut (intitulée Paroles de Français), accompagné de onze Français triés sur le volet. Mardi, Martine Aubry, patronne du PS, se verra «royalement» attribuer quelques minutes de réplique... Nicolas Sarkozy jouirait-il d'un statut privilégié? Aurait-il micro ouvert sur la chaîne de Martin Bouygues?
Depuis le 1er septembre 2009, le temps de parole du président de la République, jusqu'ici illimité, est certes encadré. C'est la conséquence d'une décision du Conseil d'Etat (saisi par les socialistes), rendue en avril 2009: désormais, les déclarations de Nicolas Sarkozy, quand elles «relèvent du débat politique national», doivent être minutées par les chaînes, puis additionnées aux interventions des collaborateurs de l'Elysée, du gouvernement et des parlementaires de la majorité. TF1, comme ses concurrentes, a ensuite l'obligation d'accorder 50% minimum de ce temps de parole global à l'opposition parlementaire. À charge, pour le Conseil supérieur de l'audiovisuel, de faire respecter ces nouvelles règles.
Mais d'après nos calculs, TF1 est sortie des clous en septembre dernier (les données relatives aux mois d'octobre, novembre et décembre n'ont toujours pas été rendues publiques par le CSA). La majorité présidentielle, en effet, a disposé de 56 minutes et 29 secondes d'antenne (sur l'ensemble des JT et autres programmes), auxquelles s'ajoutent 19 minutes et 46 secondes accordées à Nicolas Sarkozy (pour ses déclarations non-régaliennes, enregistrées notamment lors de sa «grande» interview new-yorkaise du 23 septembre).
En contrepartie, donc, l'opposition parlementaire aurait dû jouir d'au moins 38 minutes de micro... En réalité, elle a bénéficié de 25 minutes et 33 secondes seulement: pour ce premier mois d'application des nouvelles règles de pluralisme, TF1 s'est donc retrouvée loin du compte. À quelques minutes près, c'est d'ailleurs le temps de parole alloué au chef de l'Etat en personne qui a fait déborder le sablier...
Le CSA, cependant, n'en tiendra pas rigueur à la première chaîne: ses analyses portant sur des trimestres entiers, le Conseil laissera tomber les chiffres du mois de septembre, pour ne tirer un premier bilan de la nouvelle règlementation qu'à partir des relevés d'octobre, novembre et décembre 2009. Pratique... «Nous aurons alors le recul nécessaire», justifiait récemment Marie-Laure Denis, conseillère chargée du pluralisme au CSA, dont les conclusions sont attendues avec impatience. TF1 aura-t-elle rectifié le tir ?
Ce n'est toutefois pas la seule chaîne, sans doute, à s'être pris les pieds dans le tapis. Si Mediapart n'a pas effectué les calculs – un peu longuets – pour toutes les télés, antenne par antenne, la moyenne généralesur laquelle le CSA a bien voulu communiquer ne laisse guère de doute: sur l'ensemble des chaînes hertziennes, l'opposition parlementaire n'a disposé que de 43,5% du temps de parole accordé au bloc majoritaire (contre les 50% exigés)... Avec une moyenne de 51,6%, ce sont finalement les huit radios contrôlées par le CSA qui se sont montrées les plus respectueuses.