Les annonces de Macron n’apaisent pas les «gilets jaunes»

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Après les annonces de Macron, les gilets jaunes se sont mobilisés samedi 27 avril pour un 24e acte, en léger repli par rapport à la semaine dernière. À Paris, la CGT et La France insoumise ont défilé à leur côté dans une ambiance bon enfant. Tous ont en tête la mobilisation très attendue du 1er Mai.

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La perspective d’un 1er Mai très politique, mercredi prochain, en a, semble-t-il, dissuadé certains. Mais les « gilets jaunes » sont restés mobilisés samedi dans plusieurs villes de France, dont Paris et Strasbourg, pour leur 24e acte, toujours aussi remontés par la politique du gouvernement.

La conférence de presse du président de la République jeudi n’a pas calmé les ardeurs. Loin d’apporter des réponses au plus long mouvement social de la VRépublique, Emmanuel Macron est apparu hors sol à beaucoup d’entre eux. Au terme de plusieurs mois de « grand débat », il a annoncé qu’il ne changerait pas le cap de sa politique et entonné le vieux refrain du « travailler plus » cher à la droite française.

À Strasbourg, point névralgique de la mobilisation (après Toulouse choisi pour l’acte XXIII, la semaine dernière), ils étaient ainsi 2 000 (selon la préfecture) à défiler vers le parlement européen, tandis que 2 600 autres (selon le ministère de l’intérieur) battaient le pavé dans la capitale où la manifestation avait été interdite sur les Champs-Élysées. Des cortèges étaient aussi présents à Marseille, Bordeaux, Toulouse, Montpellier… En Saône-et-Loire, des gilets jaunes ont déployé un gilet jaune géant ainsi qu’un drapeau tricolore en haut de la Roche de Solutré.

Un manifestant samedi 27 avril 2019 à Paris © Reuters / Vincent Kessler. Un manifestant samedi 27 avril 2019 à Paris © Reuters / Vincent Kessler.

Si l’on s’en tient aux chiffres officiels, ils étaient 23 600 à défiler dans toute la France ce samedi, contre 27 900 la semaine dernière. L’intervention présidentielle de jeudi n’a pas seulement énervé, davantage qu’apaisé, certains des gilets jaunes mobilisés (lire par exemple ces témoignages dans La Voix du Nord). Elle a aussi, sans doute, contribué à resserrer quelque peu les liens entre les gilets jaunes et une partie de la gauche et des syndicats.

Philippe Martinez, le leader de la CGT, n’avait certes pas appelé à la manifestation. Mais plusieurs grosses fédérations et unions locales de la CGT ont lancé, main dans la main avec le NPA, le PCF et La France insoumise, un appel à la « Riposte générale ». Priscillia Ludosky, figure bien connue des gilets jaunes, était aussi signataire du texte.

Tous s’étaient donné rendez-vous, à 13 heures, à Montparnasse, direction place d’Italie. « C’est la première fois qu’a lieu un appel de cette nature à l’intérieur de la mobilisation des gilets jaunes, s’est réjoui le leader des insoumis, je tenais à tout prix à être là, au moment où ça commence. » Des tentatives de convergence des luttes avaient déjà eu lieu. Comme le 8 décembre, avec les différentes marches pour le climat (notre reportage).

Entre les drapeaux rouges de la CGT et des militants d’Attac, Jean-Luc Mélenchon a défilé sous le soleil du boulevard Raspail, en chantonnant « Même si Macron ne l’veut pas, nous on est là ! ». L’ancien candidat à la présidentielle était visiblement aux anges devant ce qu’il considère comme un rassemblement d’un nouveau genre sur le bitume. Il y a vu les prémices de ce qu’il appelait de ses vœux, cette semaine, dans Libération : une « fédération du peuple » avec des partis politiques, des collectifs citoyens et des syndicats dans l’optique des « élections suivantes ».

À côté de lui, le député insoumis du Nord, Adrien Quatennens, qui se dit inquiet de la manière dont le gouvernement gère la situation, a témoigné de son « soutien affectif » aux manifestants. Autre responsable politique présent à Paris, Olivier Besancenot, a lui aussi parlé d’une « convergence en vue d’un projet commun ». Quant à Philippe Poutou, ancien candidat à la présidentielle du NPA, il a estimé qu’« il faut absolument que le mouvement syndical, les politiques de gauche et le monde associatif soutiennent clairement ce mouvement qui a besoin de se construire, de s’élargir et de se renforcer ».

L’acte XXIV de la mobilisation pourrait-il ouvrir une nouvelle ère pour les gilets jaunes ? À un mois des élections européennes, une bonne partie de l’opposition politique entend en tout cas convaincre les mécontents de se servir des urnes pour « mettre un carton rouge » à Macron.

Autre signe que le mouvement pourrait amorcer une métamorphose : cette semaine, l’une des figures emblématiques, Éric Drouet, a annoncé sur les réseaux sociaux qu’il se mettait en « pause » à la suite de tensions dans le mouvement : « J’irai aux manifestations, mais en mode incognito, j’espère qu’on ne me reconnaîtra pas », a-t-il indiqué dans une vidéo. « Trop de menaces sur ma famille, trop de haineux, trop de foulards rouges, trop de mépris, trop d’insultes, je suis fatigué, désolé », a aussi développé, dans un texte sur Facebook, le chauffeur routier de Seine-et-Marne, qui fut encensé, fin décembre, par Jean-Luc Mélenchon.

Il n’en demeure pas moins que les relations entre les gilets jaunes et les corps intermédiaires sont loin d’être apaisées. Comme le prouvait, samedi, cette « Marche sur (sic) les médias ». Des gilets jaunes, qui voulaient dénoncer le traitement de certains médias à leur égard, se sont retrouvés, à la mi-journée devant Radio France. Sur une banderole, on pouvait lire : « CNews, BFM, TFI, LCI, France Télé : Big menteur ! ».

Ce n’est pas la première fois que des gilets jaunes organisent dans la rue leur contestation des médias. Le 29 décembre 2018, par exemple, lors de l’acte VII, 400 personnes s’étaient retrouvées dans le XVe arrondissement de Paris, en bas du siège de BFMTV – où l’on trouve aussi les rédactions de Libération, de L’Express et de RMC.

Si la manifestation « mixte » parisienne s’est déroulée sans incident majeur (onze interpellations ont toutefois été réalisées), la manifestation strasbourgeoise, 100 % gilets jaunes, censée être « l’épicentre » du mouvement ce samedi, a été émaillée de violences entre manifestants et forces de l’ordre. Une centaine de gilets jaunes allemands s’étaient joints au cortège de ce rassemblement « international ». On y trouvait aussi le journaliste indépendant Gaspard Glanz, interdit de manifester à Paris, qui avait annoncé sa présence dans un entretien à Mediapart.

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