La fondation de Claude Allègre recrute le gratin scientifique et médiatique

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Catherine Bréchignac, Albert Fert, Thierry de Montbrial, Luc Ferry, Jean-Paul Fitoussi, Dominique Lecourt, Denis Jeambar, Jean-Marie Colombani...la fondation "Ecologie d'avenir" recrute des personnalités de premier plan, et vient de se faire adouber par l'Institut de France.
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Alors que depuis quelques mois, Claude Allègre ne faisait plus tellement parler de lui, il vient de recevoir un appui de poids : l'Institut de France, vénérable maison qui réunit les Académies des sciences, des Beaux-Arts, des Sciences morales et politiques, des technologies, des Inscriptions et Belles lettres ainsi que l'Académie française, vient d'accepter d'héberger sa fondation « Ecologie d'avenir ». Concrètement, cela signifie que les plus hautes instances scientifiques françaises apportent leur caution au think tank de l'ancien ministre de la recherche.

Sur le site de présentation de la fondation de Claude Allègre, il n'est pas question de dérèglements du climat. Mais chacun garde en mémoire les positions répétées du géochimiste mettant en cause le rôle de l'homme dans le changement climatique. Si bien que cet adoubement par l'Institut de France suscite un certain émoi dans la communauté des scientifiques du climat. L'Académie des sciences qui a publié l'année dernière un rapport sans ambiguité sur l'origine anthropique du réchauffement de la planète, n'a pas été consultée sur l'opportunité de ce soutien de l'Institut à la fondation de l'ex-ministre de Lionel Jospin.

La fondation de Claude Allègre a déjà, discrètement, débuté ses travaux. Une première séance avec le démographe Hervé Le Bras s'est récemment tenue. La liste des membres de son conseil d'orientation est édifiante. On y retrouve des sommités scientifiques, médiatiques et du monde de l'entreprise : l'ancienne présidente du CNRS Catherine Bréchignac -qui se fend même d'une vidéo de soutien sur le site de la fondation-, alors qu'elle avait dans un premier temps refusé d'y participer (retrouvez ici l'enquête que Mediapart avait consacré l'année dernière à cette fondation), le Nobel de physique Albert Fert, Gérard Férey, médaille d'or du CNRS, Jean-Marie Lehn, prix Nobel de chimie, Thierry de Montbrial, directeur de l'Ifri, Luc Ferry, l'ancien ministre de l'Education nationale, Jean-Paul Fitoussi, président de l'OFCE, Dominique Lecourt, directeur général de l'Institut Diderot, Jean-Hervé Lorenzi, président du cercle des économistes, des membres de l'Académie des sciences, des universitaires à la retraite.

Mais aussi Jean-Marie Colombani, ancien directeur du Monde et actuel président de Slate France, Denis Jeambar, ancien directeur de l'Express et ancien patron du Seuil, le scénariste et écrivain Jean-Claude Carrière, Jean-Claude Casanova, président de la FNSP... que du beau monde. Il est à noter que Marion Guillou, présidente de l'Inra, dément appartenir à ce comité d'orientation, alors que son nom figure dans la liste publiée sur son site.

Par un concours de circonstances, la commission « énergie et changement climatique » de l'Académie des technologies, autre haut-lieu scientifique, a récemment reçu l'ingénieur Christian Gérondeau, auteur d'un best seller climatosceptique Le Co2, un mythe planétaire. Une simple séance de commission et non pas une plénière, précise l'Académie. Mais cette invitation a suscité la colère de l'un de ses membres, l'ingénieur et essayiste Jean-Marc Jancovici. D'autant plus que le livre de Géondeau a été acheté par l'Académie et distribué aux membres de la commission, précise un Académicien. Bruno Revellin-Falcoz, président de l'Académie des technologies, est l'ancien vice-président directeur général de Dassault aviation.

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