La droite espagnole est engluée dans une affaire de corruption

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Le chef de l'exécutif espagnol, Mariano Rajoy, a nié samedi toute implication dans un vaste scandale de financement illégal au sein du parti populaire. Mais son intervention ne suffira pas à calmer la tempête qui secoue l'Espagne depuis trois jours. Il est accusé d'avoir touché de l'argent au noir : une enveloppe de plus de 270 000 euros versée sur onze ans, en complément de ses rémunérations officielles.

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Mariano Rajoy est sorti de son silence samedi, trois jours après les révélations fracassantes du quotidien El Pais sur un financement occulte supposé du parti populaire (PP, au pouvoir) pendant près de vingt ans, qui aurait permis de verser des « compléments de salaire » à ses plus hauts dirigeants en toute opacité. Le premier ministre espagnol, qui est également le président du PP, a nié en bloc l'ensemble des accusations, dénoncé une « manipulation » et exclu de démissionner.

« Ce qui m'est attribué est faux. Je n'ai jamais reçu, ni distribué d'argent noir au sein de ce parti, ou ailleurs. Je le dis en toute sérénité », a déclaré le Galicien, à la sortie d'un conseil extraordinaire des responsables du PP à Madrid (lire l'intégralité de son intervention en espagnol). Il a promis la « transparence absolue » sur les comptes du premier parti d'Espagne, tout en refusant de répondre aux questions de journalistes présents, une fois son discours prononcé au siège du PP.

L'affaire, si elle se confirme, pourrait bien ébranler l'édifice du PP tout entier. Les démentis catégoriques de Mariano Rajoy ne suffiront pas à calmer la tempête, dans une Espagne frappée de plein fouet par la crise, lessivée par des années d'austérité, où les citoyens sont fatigués par des scandales de corruption à répétition.  

« La parole de Rajoy a perdu toute crédibilité », a réagi Ignacio Escolar, le rédacteur en chef du journal en ligne El Diario, peu après l'intervention du premier ministre, dans un éditorial très remonté. Pour le chef de l'opposition socialiste Alfredo Perez Rubalcaba, « Monsieur Rajoy a donné très peu d'explications, mais il a multiplié les accusations : tout le monde ment, sauf lui, tout le monde est coupable, sauf lui, tout le monde attaque l'Espagne, et il est le seul à la défendre. Des accusations partout, des explications aucune ! ».

À gauche du parti socialiste, le député Alberto Garzon, membre des écolo-communistes de Gauche unie (IU), et ex-figure du mouvement « 15-M » des indignés, s'en prend, lui, à la mise en scène du PP : « Un président qui ne répond pas aux questions est une insulte au concept de démocratie. Nous ne pouvons accepter que cela se normalise. »


Preuve que l'heure est grave, la numéro deux de l'exécutif, et porte-parole du gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria, était montée au créneau, vendredi, pour défendre son chef, et tenter, en vain, de faire baisser la tension : « Cela fait douze ans que je travaille avec Mariano Rajoy. (...) Ce que j'ai vu a toujours été une conduite exemplaire, je ne l'ai jamais vu transgresser une norme. »

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Actualisation dimanche 3 février: Alfredo Perez Rubalcaba, le chef de l'opposition socialiste, a durci dimanche ses critiques après la conférence de Mariano Rajoy et appelle désormais le premier ministre espagnol à la démission. Lire ici.