À la découverte du Gush Etzion, «territoire récupéré», «banlieue» de Jérusalem

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À l'heure où les Etats-Unis se sont convertis au «gel partiel» de la colonisation, 350.000 colons vivent en Cisjordanie, au cœur d'un conflit qui duredepuis plus de six décennies. D'où viennent-ils? Quel rapport entretiennent-ils avec ceux qu'ils désignent le plussouvent comme des «Arabes», récusant le terme de Palestiniens? Mediapart les a rencontrés. Troisème volet de notre série: à la rencontre de Yoram et Sara, colons «bobos» du Gush Etzion, qui se détournent de la politique pour utiliser un moyen original et consolider la présence juive dans le «Gush» : le tourisme. «Le gars de Tel-Aviv, dès qu’il s’aperçoit qu’il a une petiteToscane à deux pas de chez lui, il va se dire : pourquoi donner ça? Où vais-je passer mes vacances l’annéeprochaine?...» Reportage (cliquez sur l'image pour voir notre diaporama sonore).
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«Hé ! Tu croyais quoi ? Qu'on était des méchants, venus là juste pour embêter les Arabes ? » Ce matin, Yoram est passé prendre Sara près de Baka, son quartier au sud de Jérusalem. Un bus de touristes doit les rejoindre au Gush Etzion, à quinze minutes en voiture de là. « Tu vois, c'est la banlieue, c'est juste à côté, mais je suis sûr que le chauffeur est capable de se perdre.»

 

Sur la gauche, en contrebas, on aperçoit Bethléem, avant de s'engouffrer sous les tunnels creusés pendant la dernière Intifada. C'est déjà «le Gush» («bloc» en hébreu), un ensemble de 15 colonies au sud de Jérusalem, dont la plus grosse, Efrat, serpente à perte de vue sur les collines qui dominent les champs. 40.000 Juifs y résident, au milieu des villages palestiniens. Certaines colonies sont couvertes de barbelés, d'autres ouvertes à tout vent.

 

À 15 min. au sud de Jérusalem, le Gush Etzion. À 15 min. au sud de Jérusalem, le Gush Etzion.

Sara et Yoram accueillent ce jour-là un groupe de touristes francophones venus de Nétanya, charmante ville côtière d'Israël, pour visiter le Gush Etzion. Disposera-t-on assez de chapeaux ? Vont-ils vouloir voir la distillerie de vin ou la fabrique de chaussures avant de manger les pizzas ? Dès la descente du bus, Yoram arrangue des foules conquises d'avance :

 

(Durée du son : 2 min. 5 sec.)

«Il faut faire très attention quand on parle du Gush Etzion. Parce que l'on sait que si, par malheur, le Gush Etzion est donné, Jérusalem sera en danger. C'est un comme peu comme Sderot [ville du sud d'Israël qui a souffert de bombardements de roquettes palestiniennes, ce qui a entraîné l'offensive israélienne de l'hiver dernier à Gaza] et le Gush Katif [ancien bloc de colonies de Gaza, évacué en 2005, NDR]. En 2005, le Gush Katif n'intéressait personne. Mais dès que c'est arrivé à Sderot, tout le monde s'est réveillé...»

Yoram, le guide, et les touristes venus de Netanya © Pierre Puchot Yoram, le guide, et les touristes venus de Netanya © Pierre Puchot

 

La mise au point achevée, un documentaire en guise de préambule à la visite : «Vous verrez, un très joli film, j'ai dû le voir des centaines de fois, j'ai toujours les larmes aux yeux...»

(Cliquez sur l'image ci-dessous pour afficher le résumé du documentaire, sous forme d'un diaporama sonore de deux minutes.)

 

(Pour écouter l'intégralité de la bande sonore du documentaire, cliquez sur le lecteur ci dessous)

(Durée du son : environ 14 min.)

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L'idée de cette série était d'entrer dans le quotidien des colons, leurs habitations, leur mode de vie, leurs habitudes. Je la souhaitais aussi en immersion que possible.
Dans le même temps, il ne s'agissait pas de rencontrer des «illuminés», comme les Israéliens eux-mêmes nomment ces quelques milliers de colons fanatisés qui habitent dans les avant-postes sans eau ni électricité. La Cisjordanie, c'est aujourd'hui au moins 350.000 colons juifs, qui vivent, travaillent, ont des enfants, lisent le New York Times et parfois même Haaretz, et produisent un discours qui leur vaut l'adhésion d'une société israélienne pourtant très divisée. C'est cette rhétorique, ces logiques exprimées différemment selon les colonies mais unies par la conviction profonde d'être dans le vrai, ce sont ces discours que je voulais capter.

Sur vingt-quatre familles contactées, seules deux ont accepté de me recevoir. La crainte du résultat final, l'étiquette «journaliste français= pro-arabe», le désintérêt, le manque de temps, la teneur trop «partisane» de certains articles de Mediapart et, par deux fois, le rejet de l'étranger non-juif, m'ont été renvoyés comme motifs de refus. Dans ce contexte difficile, l'ouverture d'esprit, l'accueil et la volonté de Sara et Yoram de répondre à toutes les questions sans pirouettes ni dérobades m'ont été très précieux. Un grand merci à eux!