Haïti: vivre avec moins de 1 dollar… par semaine!

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Les Nations unies ont ainsi défini le «seuil de pauvreté absolue»: moins de 1 dollar par jour et par personne. En Haïti, près de 60% de la population vit sous ce seuil. Dans les immenses bidonvilles de Port-au-Prince, bien sûr. Mais aussi dans les campagnes, où des millions de paysans survivent péniblement. Reportage et portrait de la famille de Franck Bruce, habituée à vivre sans argent.

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Haïti, de notre envoyé spécial

Comme chaque matin, Franck Bruce a très vite fait le tour de ses champs. De petites parcelles, suspendues dans les pentes abruptes de cette montagne haïtienne qui sépare le capitale, Port-au-Prince, de l'autre grande ville du sud, Jacmel. Ici, à plus de 1000 mètres d'altitude, le soleil cogne moins fort. De l'ombre peut encore être trouvée dans des pentes qui n'ont pas été dévastées par la déforestation.

A 42 ans, Franck Bruce n'a jamais quitté Paraison, un lieu-dit qui rassemble une dizaine de maisons éparpillées sur les terres alentours. De petites maisons de bois, faites sur le même modèle, comptant deux pièces étroites, serrées sur de rares replats, entourées de quelques bananiers, d'arbres poussifs ou de superbes manguiers. Franck Bruce vit dans la vieille maison construite par son grand-père, la «maison n°33». A quelques mètres une hutte de branchages fait office de cuisine. Derrière, un cube monté en parpaings offre une petite pièce supplémentaire.

Ici, la terre et la pluie commandent. L'homme survit. Avec peine. Comme 80% des six millions d'agriculteurs d'Haïti, la famille Bruce (six enfants âgés de 2 à 14 ans) vit sous le seuil de pauvreté absolue. Les Nations unies l'ont défini par un chiffre simple : moins de 1 dollar par jour.

Dans ses bottes en caoutchouc, son pantalon élimé et sa chemise à épaulettes, Franck réfléchit longuement. De l'argent ? Non, vraiment, il n'a rien. Et il réfléchit encore. «C'est trop irrégulier, je ne peux vous dire précisément, certains mois, on a de quoi vendre un peu de récolte et cela va nous rapporter 120 ou 150 gourdes», dit-il. 2,5 à 3 euros par mois. Parfois plus. Souvent moins.

Il y a d'autres manières de cerner ce que peut être cette grande misère. La semaine précédente, Franck s'est rendu à pied au marché voisin de quelques kilomètres. Pour acheter une houe : 350 gourdes (7 euros). Il n'a pas pu payer et s'est consolé en prenant une «marmite» de riz (130 gourdes pour environ trois kilos), ce riz qui assure une bonne partie de l'alimentation et dont l'explosion du prix avait déclenché l'an dernier, au mois d'avril, des émeutes de la faim (il coûtait alors près du double).

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Cette série d'articles sur Haïti a été effectuée au mois d'avril. J'ai séjourné dans l'île durant deux semaines, pour animer un stage de formation d'une douzaine de journalistes, stage organisé par le CFPJ International avec le soutien de l'ambassade de France à Port-au-Prince. Tous mes remerciements à mes collègues haïtiens pour l'aide qu'ils m'ont apportée lors des reportages, avec leurs contacts et leur connaissance du pays.