Au Mali, une élection sous influence

Par Jean-Christophe Riguidel

L'élection présidentielle doit avoir lieu le 28 juillet prochain, alors que le Mali n'est pas prêt à un scrutin dans les meilleures conditions. Pourtant, les pressions françaises – François Hollande s'est dit «intraitable» sur la date – ont eu raison des réticences locales. Au risque d’accroître le sentiment de mise sous tutelle. De notre envoyé spécial à Bamako.

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Fatoumata jette un regard distrait aux affiches électorales promettant un avenir meilleur aux Maliens, à l'issue de la présidentielle du 28 juillet prochain. « Avant de m’occuper de politique, il faut d’abord que je trouve à manger pour mes enfants », explique cette jeune Bamakoise en boubou qui vient chercher chez des parents le billet de mille francs CFA (1,5 euro) qui lui permettra d’acheter la nourriture du jour. Avec son bébé sur le dos, Fatoumata saute entre les flaques rouges qui recouvrent le sol en latérite du quartier populaire de Missira, au cœur de Bamako, la capitale malienne. Afin de se protéger de la pluie diluvienne, Fatoumata s’est confectionné un chapeau à l’aide d’un sac plastique noir qui lui couvre la tête. Le ramadan vient de commencer : une obsession de tous les instants pour Fatoumata et les autres musulmans, qui représentent  95 % de la population. « Les prix de la nourriture battent tous les records. L’électricité vient d’augmenter. Le manioc n’a jamais été aussi cher. Je n’arrive plus à nourrir ma famille. Jamais nous n’avons été aussi pauvres », s’insurge cette mère seule avec cinq enfants à charge, qui survit en faisant des tresses à domicile.