Somalie: deux explosions tuent plus de 300 personnes

Par

L’explosion de deux véhicules piégés à quelques heures d’intervalle à Mogadiscio en Somalie samedi 14 octobre a causé la mort de plus de 300 personnes et en a blessé plus de 300, selon le dernier bilan. Les attaques n’ont pour l’instant pas été revendiquées.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Le président somalien Mohamed Abdullahi Mohamed, surnommé « Farmajo », a décrété trois jours de deuil national dimanche 15 octobre 2017, après l'explosion samedi de deux véhicules piégés à Mogadiscio. Ces attaques, pour l’instant non revendiquées, ont causé la mort d'au moins 300 personnes, en blessant au moins 300 autres, selon un dernier bilan. « Nous avons confirmation que 300 personnes sont mortes dans les explosions. Ce bilan va s'alourdir encore car certaines personnes sont toujours portées disparues », a indiqué lundi à Reuters le directeur des services ambulanciers.

Vidéo de l'agence internationale Ruptly, installée à Berlin, sur l'explosion à Mogadiscio le 13 octobre 2017. © Ruptly
Il s’agit de la plus violente attaque dans la capitale somalienne depuis le début de l’insurrection islamiste en 2007. Selon le New York Times, les équipes d’urgentistes continuaient dimanche à retirer des corps du bâtiment détruit par les explosions de samedi. « Cette attaque horrible prouve que notre ennemi est prêt à tout pour causer de la peine et de la souffrance à notre peuple, a écrit sur Twitter le président Farmajo. Restons unis face à la terreur. » Le média local Goobjoog News, dont les studios ont été endommagés par l'explosion, s'est rendu au cimetière public de « Barakat », dans les environs de la ville. « Un membre de la famille d'une victime dit qu'ils ont dû creuser eux-mêmes les tombes pour leurs proches décédés car les employés municipaux étaient épuisés et ne pouvaient plus creuser, écrit Goodjoob News. Ils nous ont dit de creuser nous-mêmes. »

Le premier attentat est survenu en milieu d'après-midi samedi dans le district de Hodan, un quartier commercial très animé de la capitale avec ses magasins et ses hôtels. Un camion piégé a explosé devant l'hôtel Safari, un établissement populaire qui n'est d'ordinaire pas fréquenté par des responsables gouvernementaux. La déflagration a endommagé plusieurs édifices et mis le feu à des dizaines de véhicules entraînant la mort de plusieurs personnes. Deux heures plus tard environ, selon Reuters, un second véhicule a explosé dans le quartier de Medina.

Si cet attentat n'a pas encore été revendiqué, il ressemble à ceux commis depuis des mois par les islamistes shebab, liés à Al-Qaïda. Les shebab veulent mettre à bas le fragile gouvernement central somalien, soutenu par la communauté internationale et par les 22 000 hommes de la force de l'Union africaine (Amisom). Les djihadistes cherchent depuis dix ans à renverser le gouvernement soutenu par les pays occidentaux et à imposer en Somalie une version stricte de l'islam. La mission américaine en Somalie a condamné ces explosions les qualifiant d’« attaques lâches », qui « renforcent l’engagement des États-Unis à soutenir ses partenaires somaliens et de l’Union africaine pour combattre le fléau du terrorisme ».

Pour le mouvement des shebab (« la jeunesse », en arabe), né en 2006, le nouveau président n’est rien d’autre qu’un « apostat » qui, en affichant une fermeté de façade, cherche à « complaire à l’Occident ». Ils ont menacé à la mi-février de mener une guerre « sans merci » contre lui. Chassés de Mogadiscio en août 2011 par les troupes loyalistes soutenues par les 22 000 hommes de l’Amisom, les shebab restent puissants dans les zones rurales (lire cet article de la BBC).

 © BBC © BBC
D'après le Pentagone, « plusieurs centaines » de soldats américains sont également en Somalie pour former environ 3 000 officiers locaux à des opérations antiterroristes. Les États-Unis ont récemment accéléré la « guerre secrète » qu’ils mènent en Somalie, décrit le site américain The Drive. Le président Trump a assoupli en mars 2017 les règles d’engagement de feu en Somalie qui avaient été fixées par son prédécesseur Obama pour limiter le nombre de victimes civiles lors des frappes aériennes et les raids menés contre les shebab.

Le 11 mai 2017, le nouveau président somalien Mohamed Abdullahi Mohamed avait conclu avec la communauté internationale un pacte de sécurité afin de stabiliser le pays en renforçant sa sécurité, en luttant contre la famine et en relançant l'économie. Une quarantaine d’États et d’organisations internationales ont pris part à cet accord comme la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et la Ligue arabe.

« Élu en février, le président, Mohamed Abdullahi Mohamed, 55 ans, paraît réunir l’autorité et la moralité qui manquaient à ses prédécesseurs, décrivait alors Le Monde. Binational américano-somalien, à la fois ancien fonctionnaire dans l’État de New York et éphémère premier ministre somalien, il a été choisi par les clans qui règnent sur le pays, mais n’était pas le candidat préféré des Occidentaux. Son surnom de “Farmajo”, hérité d’un père amateur de fromage sous la colonisation italienne, tranche avec son apparence austère. » Lors de cette conférence, Farmajo avait désigné les trois ennemis de son pays : « Le terrorisme, la corruption et la pauvreté ».

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale