Malgré les violences, le Mali se prépare à changer de Constitution

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L’attaque, dimanche, d'un camp de loisirs près de Bamako, revendiquée par un groupe djihadiste, a fait cinq morts. La veille, dans la capitale, des milliers d'habitants avaient manifesté contre la révision de la Constitution, soumise à référendum, qui organise un renforcement du pouvoir présidentiel.

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C’était un « bain de nature » en périphérie de Bamako, un vaste complexe arboré, parsemé de cases de charme, conçu pour les loisirs et le farniente au bord de piscines creusées à flanc de colline. Le campement Kangaba accueillait séminaires, « team building », Maliens et étrangers encore autorisés par leurs employeurs à faire une escapade non loin de la capitale.

Des flammes s'échappent du campement Kangaba, près de Bamako, dimanche 18 juin. © Reuters Des flammes s'échappent du campement Kangaba, près de Bamako, dimanche 18 juin. © Reuters

Le groupe Nusrat Al-Islam Wal-Mouslimin (JNIM), qui a revendiqué lundi 19 juin l’attaque du site, y voyait plutôt « un repaire d’espions et de débauche », selon la déclaration de cette alliance de groupes djihadistes sahéliens formée en mars 2017, dirigée par le Touareg malien Iyad Ag Ghaly et adoubée par Al-Qaïda.

Dimanche en fin d’après-midi, plusieurs assaillants ont pénétré dans le campement et ouvert le feu sur les visiteurs. Selon des informations officielles communiquées lundi en fin de journée, cinq personnes, dont un militaire malien et un militaire portugais de la mission de formation européenne EUTM, ont été tuées. Cette attaque est la quatrième à Bamako, après celles du restaurant La terrasse et de l’hôtel Radisson en 2015, et celle de l’hôtel Nord-Sud en 2016. Les deux premières avaient été revendiquées par Al-Mourabitoune, rallié depuis au JNIM. 

Neuf jours plus tôt, l’ambassade des États-Unis à Bamako avait alerté d’un « risque accru d’attaques » contre des cibles occidentales dans la capitale. Dans une tribune amère publiée en janvier 2017, le fondateur du campement Kangaba, Hervé Depardieu, mettait en cause ces alertes et autres conseils aux voyageurs anxiogènes. « Est-ce aussi dangereux que cela de vivre à Bamako, comme tendent à nous le faire croire ces messages alarmistes ? Les conséquences de la sévérité de ces consignes sont énormes. Il faut bien les mesurer : nos familles et nos amis hésitent à venir nous rejoindre. Les candidats à l’expatriation deviennent plus rares et plus exigeants, ce qui freine le développement de nos activités. Bien sûr, le Mali est le grand perdant de tout cela. »

L’assaut du campement a montré, si cela était encore nécessaire, que la méthode Coué prônée au sommet de l’État malien ne convainc plus, alors que le pouvoir est décidé à organiser le 9 juillet un référendum constitutionnel sur un territoire en grande partie hors de contrôle, et en dépit d’une contestation de plus en plus forte.

La gorge sèche et le ventre vide en cette période de ramadan, des milliers de Bamakois ont manifesté samedi 17 juin, la veille de l’attaque, contre la révision de la Constitution de 1992, à l’appel de la plateforme « Antè Abana-Touche pas à ma Constitution ». « Félicitations aux leaders du nouveau mouvement démocratique malien pour une mobilisation historique qui fait honneur à notre peuple. Bravo ! », a commenté sur Twitter l’opposant Tiébilé Dramé après cette marche qui a rassemblé au-delà des seuls partis d’opposition.

La réponse du pouvoir à cette contestation a été digne des plus tristement célèbres autocraties. Après les premières manifestations embryonnaires contre le projet au début du mois, Amnesty International a dénoncé « la multiplication des intimidations à l’encontre des opposants » et recensé « au moins huit personnes blessées par les forces de sécurité ». 

Déjà constaté lors de ces rassemblements, le blocage des réseaux sociaux s’est poursuivi lors de la grande manifestation de samedi. Internet sans frontières s’est dit « très préoccupé par le recul des libertés en ligne au Mali ». « Facebook, Twitter et YouTube ne fonctionnaient pas et des “embouteillages” avaient été organisés pour empêcher les gens de rejoindre la marche », témoigne Fatoumata Harber, secrétaire générale de DoniBlog, la communauté des blogueurs du Mali. « Mais ces censures ont encouragé les gens à protester. C’est comme si une main invisible travaillait en faveur du gouvernement… mais à ses dépens ! »

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