Corruption: la justice suisse subit un revers dans le premier procès Fifa

Par Sylvain Besson (TAMEDIA)

Accusé de gestion déloyale et de corruption, l’ancien numéro 2 de l’organisation est acquitté sur l’essentiel, dans un procès qui avait valeur de test, même si la justice reconnaît l’existence de pots-de-vin. Le patron de la société BeIN Sports et du PSG, le Qatari Nasser al-Khelaïfi, est quant à lui totalement acquitté.

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Le premier procès tenu en Suisse sur la corruption au sommet du football mondial accouche d’une condamnation minimaliste. L’ancien numéro 2 de la Fifa, le Français Jérôme Valcke, a été acquitté, vendredi 30 octobre, des charges les plus graves qui pesaient sur lui, la corruption et la gestion déloyale. Il n’est condamné que pour une infraction mineure de faux dans les titres répétés. Le président de la cour a comparé ce verdict à « un carton jaune, mais pas davantage ».

 © Fabrice Coffrini / AFP © Fabrice Coffrini / AFP

Accusé aux côtés de Jérôme Valcke, le patron de la société BeIN Sports et du PSG, le Qatari Nasser al-Khelaïfi, échappe à toute condamnation. Il était accusé d’incitation à la gestion déloyale pour avoir financé l’achat d’une villa en Sardaigne au profit de Jérôme Valcke, en échange de l’octroi de droits télévisés. « La justice m’a entièrement blanchi, a réagi Nasser al-Khelaïfi, qui a le statut de ministre au Qatar. Le verdict d’aujourd’hui est une véritable victoire. »

À l’inverse, ce jugement apparaît comme une déconvenue pour le ministère public de la Confédération (MPC). « C’est une déculottée absolue du ministère public et une juste humiliation », jubile Marc Bonnant, l’un des avocats de Nasser al-Khelaïfi. Ébranlée ces derniers mois par les déboires de ses enquêtes sur le football, l’institution jouait une partie de sa crédibilité dans ce procès. Les procureurs du MPC avaient demandé de la prison ferme contre Jérôme Valcke, pour avoir profité de la Villa Bianca près de Porto Cervo et pour avoir reçu de l’argent d’un homme d’affaires grec en échange de l’octroi de droits télévisés.

La Fifa, plaignante dans ce dossier, avait aussi dépeint Jérôme Valcke comme un homme vénal et dépensier, incarnant la culture de corruption qui régnait dans le football mondial au temps de Sepp Blatter. En définitive, son ancien bras droit et secrétaire général n’écope que d’une peine légère de 120 jours-amende avec sursis. Valcke devra tout de même verser 1,75 million d’euros à la Fifa, dont presque 500 000 euros pour la villa et 1,25 million pour le volet des droits TV en Grèce et en Italie. La mise à disposition de cette demeure était un « pot-de-vin » et un « avantage corruptif » qui doit être restitué, selon la cour.

Dans son jugement, la cour a reconnu que Jérôme Valcke avait sollicité et reçu un « avantage indu » sous la forme de la villa sarde. Ce cadeau était loin d’être désintéressé. Selon le tribunal, Nasser al-Khelaïfi voulait bel et bien influencer le numéro deux de la Fifa, afin de s’assurer les droits de diffusion télévisée des Coupes du monde 2026 et 2030 au Moyen-Orient. Jérôme Valcke « a abusé de sa fonction de secrétaire général pour en tirer des avantages pécuniaires injustifiés », a estimé le président lors de la lecture du jugement.

Mais le seul fait d’avoir demandé et reçu cet avantage ne suffit pas à réaliser l’infraction de gestion déloyale. Car le cadeau de la villa n’a pas conduit Jérôme Valcke à léser les intérêts financiers de la Fifa. Au contraire, celle-ci a empoché des sommes astronomiques – quelque 480 millions de dollars – pour les droits télévisés des Coupes du monde 2026 et 2030 achetés par BeIN Sports.

Jérôme Valcke a été le secrétaire général de la Fifa jusqu'en 2015. © Wikimedia / Creative Commons Jérôme Valcke a été le secrétaire général de la Fifa jusqu'en 2015. © Wikimedia / Creative Commons
Le même raisonnement s’applique aux 1,25 million d’euros que Jérôme Valcke a reçus de l’homme d’affaires grec Konstantinos Nteris en 2013 et 2014. Là aussi, l’enjeu était l’octroi de droits télévisés pour la diffusion des Coupes du monde de football en Grèce et en Italie. Cet argent constituait bien un « avantage indu » et un « avantage pécuniaire injustifié ». Mais le comportement de Jérôme Valcke n’a pas entraîné de pertes financières mesurables pour la Fifa.

L’accusation de corruption privée qui pesait sur Jérôme Valcke et Konstantinos Nteris tombe également. Les versements discrets de l’homme d’affaire grec au secrétaire général de la Fifa n’ont pas faussé le marché des droits télévisés en Grèce et en Italie, ni lésé la Fifa, selon la cour. Ne restent plus que les contrats de prêts fictifs utilisés pour camoufler ces versements. Sur ce point, Jérôme Valcke est reconnu coupable de faux dans les titres.

La justice suisse est loin d’en avoir terminé avec les affaires de corruption dans le football mondial. Le MPC affirme mener une vingtaine d’enquêtes, dont l’une vise Sepp Blatter et Michel Platini, anciens patrons de la Fifa et de l’UEFA. Mais après le verdict d’aujourd’hui, des condamnations dans ces divers volets apparaissent encore bien hypothétiques.

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