«Sans frapper», la force des mots mis sur les violences sexuelles

Par Tënk et Mediapart

Ada a 19 ans. Elle accepte d’aller dîner chez un garçon qu’elle connaît. Tout va très vite, elle ne se défend pas. Un viol, sale et banal. La grande intelligence de la réalisatrice Alexe Poukine est de faire raconter cette histoire par d’autres, qui en racontent d’autres aussi, et de ces mots qui s’entrelacent surgit la douleur et émerge une parole.

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En 2013, à la sortie d’une projection de l’un de ses films, la réalisatrice est abordée par une spectatrice qui lui raconte son histoire survenue neuf ans plus tôt. Dépositaire de ce récit de viol, puis de situations similaires racontées par certains de ses proches, Alexe Poukine cherche alors une forme pour faire entendre la parole des victimes : « J’avais très peur en demandant à Ada de témoigner face caméra qu’elle se reprenne la violence qu’elle avait déjà vécue multipliée par cent par les spectateurs », raconte-t-elle sur France Culture (écouter l’entretien ci-dessous). Elle songe donc à faire dire ces mots par des acteurs et des actrices. Ils les ont appris, ont repris le phrasé d’Ada, se sont mis dans sa peau, sont parfois submergés d'émotion et ont ajouté pour certains leur propre récit. Et Alexe Poukine a réussi ce qu’elle cherchait à faire : « Mettre une distance pour que le spectateur puisse entendre cette histoire. » Du viol à la plainte, de la honte au témoignage, jusqu’au moment du renversement de la culpabilité – « Au lieu de traquer ce qui n’allait pas chez moi, j’ai commencé à me demander ce qui n’allait pas dans ce que lui m’avait fait » –, ces mots tissés entre eux disent ce qu'est un viol et permettent de comprendre comment la vague #MeToo a pu se former.