Médias et quartiers: Clichy-sous-Bois, la rupture

Chaque mercredi, Mediapart diffuse une vidéo en accès libre. Aujourd’hui, nous commençons une série « Médias : les quartiers vous regardent » par un retour à Clichy-sous-Bois. En 2005, le traitement médiatique des révoltes après la mort de Zyed et Bouna avait exaspéré les habitants qui ne se reconnaissaient pas dans le miroir proposé par la presse, notamment audiovisuelle. Comment tentent-ils d’y faire face ? 

Ce documentaire est en accès libre.

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Les collectifs La Friche et ŒIL

15 août 2019 à 09h52

Le 27 octobre 2005, deux jeunes de Clichy-sous-Bois (93) meurent en se réfugiant dans un transformateur EDF alors qu’ils étaient poursuivis par la police. Le soir même, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, insinue que les deux victimes (Zyed Benna et Bouna Traoré, 17 et 15 ans) voulaient commettre un cambriolage. Plusieurs nuits de révoltes urbaines vont alors émailler les quartiers populaires d’Île-de-France, puis, rapidement, tout l’Hexagone.

Cet épisode revient sur les coulisses médiatiques de ces révoltes. Comment les caméras du monde entier se sont soudainement tournées vers cette commune de Seine-Saint-Denis, et en ont fait une ville emblématique des enjeux et des problématiques de la « banlieue » ? Treize ans plus tard, nous interrogeons ce traitement médiatique et ses conséquences.

L’épisode enclenche la réflexion sur les causes du fossé, et sur les initiatives mises en place à l’époque, pour éviter qu’il ne s’aggrave. L’émission « Périphéries » avec Édouard Zambeaux sur France Inter a été créée avant les révoltes de 2005. Le journaliste revient à Clichy-sous-Bois et évoque avec Byron, habitant du quartier, le traitement médiatique de nos jours.

Une web-série écrite et réalisée par La Friche / Collectif ŒIL, sur une idée originale de Lucas Roxo // Montage : Leo Ks // Montage son et mixage : Timotée Pedron-Desclaux // Étalonnage : Marie-Laure Blancho

  • Prochains épisodes :
    – Amiens : le fossé (diffusion le 16 août)
    – Beaumont-sur-Oise : le rapport de force (diffusion le 19 août)
    – Grenoble : la réplique (diffusion le 21 août)
    – Marseille : l’alternative (diffusion le 23 août)

À l’origine de cette série de cinq vidéos, des phrases que nous, journalistes des collectifs La Friche et ŒIL, avons entendues : « Les journalistes, c’est des gros DJ, ils remixent tout ! »« Les journalistes viennent ici, nous parlent, et après, on ne les revoit plus jamais » ; ou encore « Vous voulez faire de l’audimat ? Ça n’intéresse personne les gens sympas »… Des phrases que nous avons entendues comme autant de symptômes d’une rancœur accumulée par des citoyen.ne.s qui se sentent dévalué.e.s, dans la presse, en raison de leur simple appartenance à un territoire.

Il n’est pas rare non plus de discuter entre collègues du fossé entre les « banlieues » et la profession de journaliste. Et pourtant, rien ne change. Dans le même temps, des initiatives fleurissent, des habitants imposent leur regard sur leurs quartiers, prennent les journalistes à partie ; des médias de proximité créent des espaces de réappropriation de la parole ; des associations utilisent différents leviers, judiciaires parfois, pour se faire entendre et changer l’image de leur territoire. Des journalistes modifient leur pratique, sont remis en question, vont dans les écoles pour tenter de retisser du lien et expliquer les spécificités de leur métier.

« Médias : les quartiers vous regardent » est un projet documentaire, composé d’une web-série et d’un cycle d’éducation aux médias, qui explore le traitement médiatique des quartiers populaires et le fossé qui s’est créé entre les « périphéries » et les journalistes. Cinq épisodes vidéo donnent la parole à des habitant.e.s de quartiers populaires dans toute la France, pour amorcer une réflexion collective sur les solutions à mettre en place pour améliorer nos pratiques journalistiques.

La Friche est un collectif de journalistes indépendant.e.s, artistes, documentaristes, technicien.ne.s de l’image et du son. Tous et toutes revendiquent une pratique professionnelle directement inspirée du réel et des quartiers populaires, au plus près des enjeux forts de notre société, et s’inspirent de l’éducation populaire dans leurs pratiques professionnelles. En plus de produire des reportages, documentaires ou œuvres artistiques, le collectif La Friche anime des ateliers d’éducation aux médias et à l’information visant à la réappropriation de la parole médiatique. Sont membres de ce collectif : Lucas Roxo, Leïla Khouiel, Kozi Pastakia, Rouguyata Sall, Amanda Jacquel, Sabrina Alves, Ferial Latreche, Azzedine El Mourabet, Fatma Torkhani, Julien Pitinome, Sheerazad Chekaik-Chaila et Flora Beillouin.

Le Collectif ŒILOur Eye Is Life : Notre Œil est Vie… – défend une photographie fondée sur l’engagement et tend à donner la parole à celles et ceux qui ne l’ont pas ou plus, avec comme philosophie que l’image doit être en partage, un bien commun qui témoigne et questionne la société. Nous défendons une photographie fondée sur l’engagement social. Ce que nous « voyons », ce que nous « capturons », ce que nous « montrons » est ce que nous pouvons et devons changer. Ces engagements tendent à promouvoir une vision humaniste de la photographie. Depuis le début de l’année 2015, l’association Our Eye is Life édite le magazine trimestriel Fumigène, mène des formations et sensibilisations aux médias, et le développement d’une agence de photographes. Sont membres de ce collectif : Leo Ks, Julien Pitinome, Nnoman Cadoret, Maxwell Aurélien James et Nora Hamadi.


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