Aube: les derniers jours de l’usine Allia

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Les usines Allia (situées à Digoin, en Saône-et-Loire, et à La Villeneuve-au-Chêne, dans l’Aube) vont fermer. Les syndicats ont voté mardi à plus de 92 % le plan de sauvegarde de l’emploi. Il y a un an, en mai 2016, le groupe suisse Geberit, spécialiste des sanitaires, décidait de délocaliser la production au Portugal et en Pologne, et de restructurer les activités de sa filiale française Allia. En tout, 257 emplois étaient menacés, dont 80 à La Villeneuve-au-Chêne. Les ouvriers et les élus sont parvenus en janvier à faire suspendre le plan de sauvegarde de l’emploi (lire ici l’article de Mediapart), mais en vain. Dans l’Aube, les ouvriers cesseront de travailler fin juillet. Raphaël Helle les a suivis ces dernières semaines, alors que l’usine tournait au ralenti.

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  1. La Villeneuve-au-Chêne, 24 septembre 2016, manifestation contre la fermeture de la “Céramique” © Raphaël Helle / Signatures / La France VUE D'ICI La Villeneuve-au-Chêne, 24 septembre 2016, manifestation contre la fermeture de la “Céramique” © Raphaël Helle / Signatures / La France VUE D'ICI
    Adoration travaille à la « Céramique » depuis 44 ans. Elle est chargée de la manutention des cuvettes et urinoirs.
    Raphaël Helle avait déjà évoqué la fermeture de cette usine, au cours de son travail sur l’Aube intitulé Champagne !, dont nous avions tiré un portfolio en avril dernier. Il écrivait alors, en légende de la photo ci-contre : « 24 septembre 2016. Manifestation contre la fermeture de la “Céramique”, une usine du groupe Allia qui fabrique des sanitaires. Dans ce village de 450 habitants, une centaine d’emplois sont menacés. Ma mère a commencé à travailler là dès l’âge de 15 ans. Puis, elle a fait embaucher son frère aîné, Régis, qui rentrait de trois ans de guerre en Algérie et qui passera sa vie dans cette usine, exposé à la chaleur des fours et inhalant les poussières de terre, au rythme des 3×8. Mon cousin, Laurent, entrera aussi à la “Céramique” à l’âge de 20 ans. Il en a 56 aujourd’hui et par ici, les entreprises ferment les unes après les autres. »

  2. Salle d’attente de la « Céramique » à l’usine Allia de La Villeneuve-au-Chêne, dans l’Aube. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, on fabriquait ici de la poterie, avec des argiles de la région. Depuis 1936, cette usine fabrique des WC en céramique. En 2010, elle tournait à plein régime, fabriquant 300 000 pièces dans l’année. En 2015, Allia avait été rachetée par le groupe suisse Geberit (11 600 salariés dans 41 pays) au finlandais Sanitec, laissant espérer au personnel une relance des activités.

  3. Régis réalise les moules en plâtre des cuvettes de WC. L’usine de La Villeneuve-au-Chêne est reconnue pour son savoir-faire : elle a son laboratoire et son propre atelier de fabrication de moules.

  4. Sébastien souffle les moules en plâtre des cuvettes de WC. La poussière est omniprésente à certains postes de l’usine.

  5. Harry démoule les cuvettes de WC en céramique. Dans cet atelier, où sèchent les moules en plâtre des cuvettes, la température peut atteindre 40 °C.

  6. Une fois fabriqué le WC en céramique, Dominique détruit les moules en plâtre à coups de marteau et récupère la visserie.

  7. Laurent s’occupe d’approvisionner le robot qui émaille les cuvettes en céramique.

  8. Sylvain à la cabine d’émaillage manuel des cuvettes de WC.

  9. Sophie aide à la finition manuelle des cuvettes en céramique dans un atelier où la température peut atteindre 40 °C.

  10. Slavko gratte le rebord des urinoirs, pour une finition parfaite.

  11. À l’intérieur de l’usine Allia de La Villeneuve-au-Chêne.

  12. Ludovic, Philippe et Sophie s’accordent une pause cigarette. Dans la région, les licenciements s’enchaînent : la Cristallerie royale de Champagne-Bayel, l’une des plus vieilles usines de France, a cessé toute activité le 13 mai 2016. Cauval, un fabricant français de literie, qui possède notamment les marques Dunlopillo, Treca ou Simmons, n’emploie plus que 460 personnes, contre 1 200 dans les années 1970. La centrale de Clairvaux doit aussi fermer ses portes : 199 surveillants et membres du personnel pénitentiaire y travaillent.

  13. La fermeture est annoncée pour fin juillet. En ce mois de mai, l’usine ne tourne plus que deux heures par jour. Quand ils ne sont pas dans les ateliers, les ouvriers restent ensemble, passant le temps à jouer à la pétanque…

  14. … ou au ping-pong sur une table bricolée, dans le local des délégués CFTC (ici, Jérôme).

  15. Adoration, Évelyne et Sophie jouent, elles, à des jeux de société. Le 27 juillet, la production cessera, tous partiront en vacances. Fin août, ils seront dispensés d’activité et recevront leur lettre de licenciement mi-septembre. Le plan de sauvegarde de l’emploi prévoit un système de pré-retraite à partir de 55 ans. L’usine sera ensuite reprise par un maraîcher, qui fera de la culture hors sol, sous serres. Il s’est engagé à reprendre une quinzaine d’ouvriers et à les former dès septembre. Au total, à ce jour, la moitié des 80 salariés n’a pas de solution pour la rentrée.

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