Brexit: les frontières toujours ardentes de l’Irlande du Nord

Par

Le problème de la frontière nord-irlandaise focalise une bonne partie des crispations autour du Brexit. Car quand le Royaume-Uni aura quitté l’Union européenne, quel type de frontière rétablir au juste entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, qui, elle, restera dans l’UE ? Gilles Favier a, sur la durée, suivi le conflit en Irlande du Nord qui s’est achevé en 1998. Ses photographies ont été rassemblées dans un livre.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner
  1. 1981. Le conflit en Irlande du Nord, « Les Troubles » comme on les appelle, a déjà plus de dix ans. Deux camps s’affrontent : les loyalistes ou unionistes (favorables au rattachement au Royaume-Uni et souvent protestants) et les républicains (favorables à un rattachement à la République d'Irlande – créée en 1921 –, et souvent catholiques). Ici, à Belfast-Ouest, le quartier républicain détruit pendant les événements.

  2. 1982. « Ne les laissez pas mourir » sur un mur de Springfield Road, Belfast-Ouest. Très vite, la capitale de l’Irlande du Nord fut divisée en secteurs. Les catholiques républicains sont pour la plupart installés à l’ouest et les protestants unionistes surtout au nord.

  3. 1988. Dans le carré des républicains au cimetière catholique de Milltown, Belfast-Ouest. Une femme accompagnée de ses enfants vient célébrer la mémoire de son mari, victime du conflit à Pâques.

  4. 1983. Tom Kelly’s Pub, Short Strand, Belfast-Est. « Un pub qui doit son nom au patron et sa réputation à la dangerosité de l’endroit la nuit tombée, écrit Gilles Favier. Les portiers, en général des militants républicains du quartier, qui filtrent les clients, se font descendre régulièrement malgré le blindage bricolé et impressionnant qui masque toute la façade. (…) Aujourd'hui, le bar n’existe plus, le quartier lui-même a été détruit puis reconstruit ; il est méconnaissable. (...) Reste une demi-rue barrée par un haut mur qui “protège” ce ceux d’en face, les ultraloyalistes de Cluan Place. »

  5. 1983. Deux soldats de l’Inla montent la garde devant le cercueil de l’un des leurs, tué par l’armée anglaise à sa sortie de prison, à Armagh, à quelque 70 kilomètres au sud-ouest de Belfast.
    L’Inla (Armée irlandaise de libération nationale), apparue en 1975, est un groupe paramilitaire de l’IRA, d’obédience marxiste. Forte de 400 à 500 clandestins, l’Inla a été classée organisation terroriste par le Royaume-Uni et les États-Unis. Elle est décapitée dans les années 1980 par une vague d’arrestations touchant ses dirigeants.

  6. 1989. Marche en l’honneur des victimes du Bloody Sunday, Dunville Park, Belfast-Ouest.
    Le Bloody Sunday fait référence à une tuerie survenue le dimanche 30 janvier 1972 à Londonderry en Irlande du Nord, dans laquelle 14 personnes (manifestants et passants) ont été tués par des soldats de l’armée britannique. La plupart n’avaient pas 30 ans. La marche était organisée par la Nicra (association nord-irlandaise pour les droits civiques qui prône l’égalité des droits entre catholiques et protestants), et se voulait pacifique.

  7. 1989. Les familles républicaines de victimes de l’armée anglaise et de la police nord-irlandaise défilent sur Falls Road, Belfast-Ouest. Joseph Campbell fut tué par les forces britanniques le 11 juin 1972, à l’âge de 17 ans.

  8. 1991. Dixième anniversaire des grèves de la faim des prisonniers républicains, Andersonstown, Belfast-Ouest. Le 5 mai 1981, Bobby Sands, militant de l’Ira (Armée républicaine irlandaise) et député à la Chambre des communes du Royaume-Uni du 9 avril au 5 mai 1981, est mort à l’issue de 66 jours de jeûne dans la prison de Maze. Neuf autres grévistes de la faim décèdent dans les trois mois suivants. Ils voulaient attirer l’attention sur leurs conditions d’incarcération et le refus de leur accorder le statut de prisonniers politiques.

  9. 1991. Parade républicaine pour célébrer les vingt ans de l’occupation anglaise, Falls Road, Belfast-Ouest.
    « En juin 1991, les services spéciaux de l’armée anglaise tuent trois soldats de l’IRA provisoire dans une embuscade, écrit Gilles Favier. La réponse des paramilitaires ne se fait pas attendre et en novembre, une bombe de l’IRA cause la mort de deux soldats et fait onze blessés. »

  10. 2000. Quartier loyaliste limitrophe d’Ardoyne, ghetto républicain, Ballysillan Lower, Belfast-Nord. « Il y a eu les accords de paix de 1998 et pourtant, le cloisonnement de la ville continue, se pérennise. Ces murs qui séparent les communautés, les quartiers, les rues parfois lacèrent la ville et y perpétuent une division spatiale. »

  11. 2000. « Peace line », Belfast-Ouest. « Murs et hauts grillages entérinent de fait la séparation entre les communautés, écrit Gilles Favier. Belfast est un gâteau divisé en parts, loyalistes ou républicains, protestants ou catholiques : autant de quartiers qui s’ignorent de facto. »

  12. 2015. Sur les hauteurs de Belfast-Ouest à Ballymurphy, cette fresque républicaine consacre les femmes qui ont pris les armes. Même vingt ans après les accords de paix, ces fresques ne sont ni délavées ni décrépites.

  13. 2015. Dans le quartier loyaliste de Mount Vermont, les trottoirs sont peints aux couleurs du drapeau britannique. En haut de la colline, une fresque « Préparés à la paix. Prêts à la guerre » : elle existe depuis les années 1980 et a été refaite plusieurs fois jusque récemment.

  14. 2015. Mémorial aux victimes républicaines, Springfield Road, Belfast-Ouest.
    Retourné à Belfast en 2017, Gilles Favier écrit : « J’arrive et la tension est palpable ; le Brexit est passé par là, qui a rebattu les cartes pour le pire. Les amis sont atterrés et craignent un grand retour à un passé qui n’est pas encore digéré. Le DUP (Democratic unionist party) veut sa frontière avec le sud, comme au bon vieux temps. »
    Le 19 janvier dernier, une bombe a explosé à Londonderry. Les enquêteurs soupçonnent la Nouvelle IRA (armée républicaine irlandaise), petit groupe paramilitaire formé en 2012, responsable de la mort de l’officier de prison David Black, près de Lurgan, au sud-ouest de Belfast. C’est le premier à être tué depuis 1993.

    ***

    couvbelfast

    Belfast, 1981-2017
    100 photographies de Gilles Favier
    Préface : Olivier Margot
    200 + 4 pages, format intérieur : 19,5 × 27,5 cm
    Éd. Clémentine de la Féronnière, 2018
    Édition bilingue (français-anglais), 39 €

Voir tous les portfolios

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale