Dans les hôpitaux de l’est de l’Ukraine, les guerriers de la santé

Le système de santé soviétique était considéré comme l’un des meilleurs du monde. En Ukraine indépendante, il n’en reste aujourd’hui que des souvenirs. Le niveau de santé publique a baissé et les hôpitaux manquent cruellement de moyens. Une réforme en profondeur du système, calquée sur le modèle britannique, est très contestée et peine à produire des effets. Dans l’est du pays, en guerre depuis 2014, le personnel soignant tente de répondre aux besoins croissants d’une population cruellement précarisée. Sadak Souici et Sébastien Gobert sont partis à la rencontre de ces guerriers de la santé, entre infrastructures déliquescentes et bombardements.

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  1. Le chirurgien Konstantyn Zougan. © Sadak Souici / Agence Le Pictorium Le chirurgien Konstantyn Zougan. © Sadak Souici / Agence Le Pictorium
    Roubijné,13 avril 2018. Alors qu’il ouvre la porte sur le bloc opératoire, l’urologue et chirurgien en chef de l’hôpital municipal de Roubijné, Konstantyn Zougan, produit une légère moue de dépit. Les fenêtres de la pièce sont bâchées de carrés de plastique noir. Une femme masquée se fraie un chemin à travers un bric-à-brac désuet et jette un chiffon dégoulinant de sang à même le sol. Elle retourne assister les chirurgiens dans leur opération de l’aorte. « Au moins, dans cette salle, ils utilisent l’une de nos nouvelles lampes opératoires, commente Konstantyn Zougan. Nous, dans l’autre pièce, sommes toujours avec un modèle qui date de 1973… »

    Dans la plupart des hôpitaux d’Europe, le bloc opératoire est un sanctuaire où des opérations délicates décident de la vie et de la mort de patients, à grand renfort d’équipements de pointe, d’électronique et de protocoles de sécurité. À Roubijné, on ne voit pas de matériel de stérilisation décent, ni de compresseur d’air. Un seul défibrillateur fonctionne. L’hôpital avait pourtant tout le nécessaire, dans les années 1970-1980. Mais depuis la chute du système soviétique, les modernisations ne se font qu’au compte-gouttes, généralement dépendantes d’organisations humanitaires. « Même les fauteuils roulants pourraient être des pièces de musée ! » se désole Konstantyn Zougan. Malgré cela, son bloc opératoire est opérationnel 24 heures sur 24.

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