La longue nuit de Mégantic

Le 6 juillet 2013, vers 1 h 14, un train de 72 wagons-citernes et 5 locomotives transportant du pétrole brut déraille dans le centre de Lac-Mégantic, ville québécoise de 6 000 habitants. Cinq wagons-citernes explosent, 47 personnes sont tuées et 2 000 autres évacuées. La longue nuit de Mégantic, récit du photographe Michel Huneault, aborde le deuil et le traumatisme insaisissable des Méganticois, tentant de traduire ces émotions par le portrait contemporain d’une nuit fatale et obscure. Nuit dans laquelle est encore plongée la population, se demandant qui est responsable, pourquoi leurs proches sont morts, quelle est lʼampleur de la contamination, ce quʼil adviendra de leur ville. La longue nuit de Mégantic, qui sʼétend à ce jour sur quatre saisons, repose sur 60 jours de travail répartis en 13 visites. Ce projet continue.

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  1. 6 juillet 2013, 22 heures après le déraillement.

    Michel Huneault raconte : « Par un chaud crépuscule d'été, au moment où Lac-Mégantic bascule dans la nuit, un inconnu m'arrête dans la rue. Devant son silence, je lui demande si tout va bien. Visiblement troublé, il répond : « Non, ma ville vient d’être détruite. » Nous sommes le 10 juillet 2013. Je suis arrivé à Mégantic il y a quatre jours, une vingtaine d’heures après le déraillement d’un train pétrolier qui a rasé une partie importante du centre-ville. Quarante-sept personnes ont été tuées en une seule nuit : c’est une personne sur 128 pour cette communauté de 6 000 habitants. »

  2. Juillet 2013. Un homme entre dans le lac Mégantic au coucher de soleil.

    Michel Huneault poursuit : « L’homme s’appelle Pierre et nous discutons une vingtaine de minutes. Un autre homme, Frédéric, s’approche pour me raconter son histoire. Nous parlons de son emploi à côté du Musi-Café, du fait qu’il connaissait toutes les victimes “d’une façon ou d’une autre”. C’est une histoire que j’allais entendre partout par la suite, tel un sombre murmure omniprésent.
    Car les morts de cette nuit-là représentent bien plus que leur simple somme. Dans une communauté tissée aussi serrée, une personne est à la fois le frère de l’un, l’entraîneur de l’autre, le client pour qui vous faites la comptabilité, l’ancien amoureux du secondaire. Multipliées ainsi, les victimes forment une constellation de deuils qui enveloppe rapidement toute la communauté. »

  3. Juillet 2013. Surveillance de la zone rouge par la Sûreté du Québec.

    Michel Huneault : « Puis s'ajoutent les deuils d’autres maisons et commerces condamnés à l’intérieur de la zone rouge. Le deuil qui suit les expropriations et démolitions visant à reconstruire le centre-ville de l’autre côté de la rivière Chaudière dans le secteur Fatima ; le deuil de tous ces rêves et projets brisés. Pendant tout ce temps, le cœur de la ville reste balafré. Longtemps gardé à l’abri des regards, il est encore aujourd’hui interdit d’accès.
    À Mégantic, chaque personne a sa propre histoire de survie, sa façon personnelle de gérer une palette d’émotions et de sentiments qui évoluent au fil du temps : incrédulité, solidarité, peine, désespoir, rage, indignation, paix intérieure, espoir ou, parfois, vide émotionnel et déni. »

  4. Frédéric (de face) et Pierre (de dos) racontent leurs expériences de la catastrophe.

  5. Juillet 2013. Insomnie.

  6. Juillet 2013. Chez Sharlynn, casse-croûte du secteur Fatima en bordure de la zone rouge.

  7. Août 2013. Maisons éclairées par la lumière émanant de la zone rouge.

  8. Août 2013. Quatorze mois avant l’accident, Yves a loué un petit logement près du pont de Fatima. Il se trouve aujourd’hui coincé à l’extérieur de la zone rouge. « J’ai choisi de vivre dans un village paisible, qu’un convoi de 70 wagons a fait exploser […] Je suis en colère contre cet acte criminel, contre l’absence d’information sur les impacts futurs. J’aimerais que la population réalise que ce n’est pas un accident innocent : nous sommes tous coupables. Il faut que ça nous serve de signal d’alarme. »

  9. Août 2013. La rivière Chaudière, lourdement contaminée par le déversement de pétrole.

  10. Septembre 2013. Serge a inauguré son commerce quelques mois avant la catastrophe. Il se trouve sur la route principale longeant le lac Mégantic, qui reste coupée de la ville depuis l’explosion du train. Le trafic y a chuté radicalement, tout comme l’achalandage de son commerce naissant. 

  11. Septembre 2013. Dernière coupe de cheveux de Pascal avant l’incendie. Depuis, il ne peut rentrer vivre chez lui et l'appartement est resté en l'état. « Je dormais tout habillé quand c’est arrivé. J’ai été réveillé et je suis sorti dehors [...] Je peux encore voir le feu et sentir la pluie d’huile sur ma peau [...] Mon appartement est intact mais situé en zone rouge, alors il est fermé pour au moins un an. »

  12. Septembre 2013. Cheminées de l’usine Tafisa, produisant des panneaux de mélamine, en arrière-plan. Dans les premiers instants de l’explosion, plusieurs personnes ont cru que c’était plutôt Tafisa qui avait pris feu.

  13. Septembre 2013. Forêt automnale.

  14. Septembre 2013. La zone d'impact, trois mois après la catastrophe.

  15. Septembre 2013. Dans l’appartement de Stéphane, l’une des victimes de l’explosion. Trois mois après le déraillement, l’appartement est resté tel quel. Les propriétaires y laissent la lumière du perron allumée et viennent régulièrement arroser les plantes.

  16. Septembre 2013. Funérailles d’une des victimes, deux mois après le déraillement.

  17. Septembre 2013. Une biche éclairée par les phares d'une voiture, dans le centre-ville de Mégantic. 

  18. Février 2014. Daniel, avocat. Son bureau a été détruit par l’explosion du 6 juillet 2013. Aujourd’hui, il est le principal avocat responsable de la demande de recours collectif contre MMA (Montreal, Maine and Atlantic) et une soixantaine d’autres entreprises concernées, ainsi que contre le gouvernement canadien (accusé de grossière négligence).

  19. Février 2014. Nuit d'hiver.

  20. Février 2014. Maison expropriée et vidée avant sa démolition dans le secteur Fatima.

  21. Février 2014. Lucie a élevé ses trois enfants dans une maison dont elle est aujourd'hui expropriée. Sa maison sera démolie afin de relocaliser une partie du centre-ville dans le secteur Fatima. Artiste, Lucie avait peint au fil des ans des fresques sur tous les murs de sa maison.

  22. Février 2014. Train de la Montreal, Maine and Atlantic (MMA) circulant à nouveau dans centre-ville de Mégantic, sept mois après le drame.

  23. Février 2014. Lucie et Luc ont perdu leur fille Karine dans l’explosion. Karine est enterrée dans le cimetière en face de leur maison.

  24. Avril 2014. Le lac Mégantic en dégel.

  25. Juin 2014. Montage vidéo et photo retraçant la courte vie d'Andrée-Anne (26 ans), l'une des 47 victimes.

  26. Juin 2014. Pots de fleurs à la mémoire des 47 victimes, nouvellement installés à l'église St-Agnès, devant la zone rouge.

  27. Juin 2014. Sur les rives du lac Mégantic, Noemy s'exerce au violon baroque.

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